Essais
De la révolution, Hannah Arendt, le changement c’est maintenant…

De la révolution, Hannah Arendt, le changement c’est maintenant…

08 septembre 2013 | PAR Le Barbu

002201636Si François Hollande avait lu cet ouvrage, il aurait manié avec plus de précaution le terme de « changement ». Tout changement, au sens d’un nouveau commencement, est étroitement lié à la violence. Nul commencement ne pourrait advenir sans la violence. Toute révolution a été le prélude, ou la conséquence, d’une guerre. Notre histoire atteste de ce lien entre commencement et révolution, entre commencement et violence.

Hannah Arendt (1906-1975) a été l’élève de Jaspers, et a passé son doctorat à Heidelberg. Elle quitte l’Allemagne après l’arrivée des nazis et enseigne aux Etats-Unis. Elle est l’une des figures les plus importantes de la pensée politique contemporaine, notamment grâce à son ouvrage fondamental sur Les Origines du totalitarisme. Elle est également l’auteur de La Crise de la culture, Eichmann à Jérusalem, Condition de l’homme moderne et La Vie de l’esprit.

L’année 2013 a consacré Hannah Arendt et sa théorie de « La banalité du mal » dans le cadre d’un long métrage sorti dans les salles obscures au printemps et réalisé par Margarethe Von Trotta.

De la révolution étudie deux révolutions : la Révolution américaine et la Révolution française. Arendt pose la radicale nouveauté de la française comparée à l’américaine. Si l’une et l’autre se fondent sur la reconnaissance des droits de l’homme, la conception américaine conduit seulement à affirmer la validité universelle des principes du gouvernement limité et à en étendre le bénéfice à tous les américains. Pour leur part les français font des droits de l’homme et du citoyen la fondation de tout gouvernement légitime. Si la Révolution américaine ne proclame en fait rien de plus que la nécessité pour toute l’humanité d’un gouvernement civilisé, la Révolution française proclame l’existence des droits indépendants du corps politique et extérieurs à lui. Pour Arendt, la Révolution américaine installe un modèle basé sur la notion de liberté aux visées plus concrètes, alors que la Révolution française prône l’égalité perçue comme une utopie et pouvant engendrer une instabilité porteuse de tyrannie. Il est vrai que les hommes ne naissent pas égaux face à la richesse. Il est vrai aussi que nous retrouvons dans nos mentalités respectives, américaines et françaises, ces références révolutionnaires, élevées au rang de mythes modernes, et forgeant nos identités et nos conceptions sociales.

Révolutions émancipatrices, ou constat d’échec ? Arendt voit dans la Révolution française un combat limité entre pénurie et inégalité qui a réduit les institutions politiques à administrer la redistribution des biens et ressources. Alors que la Révolution américaine fut une recherche illimitée de liberté politique qui a certes réussi à fonder une société politique basée sur l’assentiment commun, mais qui a échoué à créer un espace institutionnel dans lequel les citoyens pourraient participer au gouvernement.

Le citoyen lambda, bien que protégé de l’exercice arbitraire de l’autorité par des verrous constitutionnels, n’est plus un participant « en jugement et autorité », et se voit ainsi refuser la possibilité d’exercer ses compétences politiques.

De la révolution pose la nécessaire question du devenir de toute transformation révolutionnaire, de ses limites, ainsi que du fondement de toute autorité politique. Sans oublier non plus une autre tradition révolutionnaire occultée, celle de l’auto-organisation des gens pour s’emparer de l’action politique et ne plus la déléguer à l’oligarchie des partis – de la Commune de Paris aux conseils ouvriers de la Révolution hongroise de 1956.

De la révolution, Hannah Arendt, traduit de l’anglais par Marie Berrane avec la collaboration de Johan-Frédérik Hel-Guedj, Folio Essai, 2013.

Sources :

Thierry Pastorello, Le concept de révolution selon Hannah Arendt

Lynn Hunt, The World We Have Gained : The Future of the French Révolution.

Hannah Arendt, Essai sur la Révolution, Gallimard, 1985.

www.historycooperative.org

www.akadem.org

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Le Barbu
Le Barbu voit le jour à Avignon. Après une formation d'historien-épigraphiste il devient professeur d'histoire-géogaphie. Parallèlement il professionnalise sa passion pour la musique. Il est dj-producteur-organisateur et résident permanent du Batofar et de l'Alimentation Générale. Issu de la culture "Block Party Afro Américaine", Le Barbu, sous le pseudo de Mosca Verde, a retourné les dancefloors de nombreuses salles parisiennes, ainsi qu'en France et en Europe. Il est un des spécialistes français du Moombahton et de Globalbass. Actuellement il travaille sur un projet rock-folk avec sa compagne, et poursuit quelques travaux d'écriture. Il a rejoint la rédaction de TLC à l'automne 2012 en tant que chroniqueur musique-société-littérature.

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