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Dans Les Bouffons de la haine Thomas Nlend explore l’antisémitisme et déclenche la polémique

Dans Les Bouffons de la haine Thomas Nlend explore l’antisémitisme et déclenche la polémique

01 février 2022 | PAR Jean-Marie Chamouard

 

Le mouvement d’extrême droite Égalité et Réconciliation fondé en 2007 par Alain Soral, s’est rapproché de Dieudonné. L’antisémitisme français traditionnel cherche à rallier les islamistes radicaux. Thomas Nlend est chargé en 2011 d’infiltrer le mouvement pour détecter les «dingos», les terroristes potentiels pouvant passer à l’acte. Son livre va toutefois déclencher une polémique lors de sa parution, certains mettant en doute la sincérité de l’auteur, soulignant les ambiguïtés de son infiltration, les incohérences dans le témoignage de Thomas Nlend.

Une infiltration à haut risque

Thomas Nlend est né en 1975. Il grandit à Créteil, avec ses cinq sœurs, dans l’affection de sa famille d’origine camerounaise. Adolescent passionné de foot il découvre le racisme et les hooligans lors des matchs du PSG. Grâce au cinéma l’antiracisme lui devient naturel. Marié et père de famille il vit de combines et de petits trafics, qu’il appelle la «voyoucratie». Il est menacé après un témoignage dans une affaire de mœurs impliquant un homme politique, Georges Tron. Il est alors recruté pour infiltrer le mouvement d’extrême droite d’Alain Soral et de son complice Dieudonné. Il accepte pour des motifs financiers puis peu à peu par conviction. Il a enfin l’impression d’être utile. Il s’invente une légende d’ hooligan noir et patriote, prend le pseudonyme de Mathias Cardet et écrit des livres. Il découvre un antisémitisme obsessionnel, «un monde de haine recuite» mais aussi des leaders dominés par la peur et peu crédibles qu’il compare à des bouffons. Il décrit une conférence rocambolesque, le ridicule et la vulgarité de Soral , la dérive sectaire du mouvement: le chef est le roi , tout lui est permis. Mais au-delà de la bouffonnerie et des propos inacceptables, il y a des durs, des individus dangereux . Le mouvement est soutenu en sous main par Jean Marie Le Pen. Le rapprochement avec les catholiques intégristes et les islamistes radicaux formera à partir de 2013 «le front de la foi». En 2014 ce front est renforcé lors des manifestations contre le mariage pour tous et la théorie du genre. Mathias Cardet est pétrifié par tant de haine. Il est décidé: «Ces mecs il faut les arrêter». Avec son ami et complice Valentin et le soutien de sa femme Prissi, il doit faire exploser le mouvement de l’intérieur , pour laver son honneur …avant d’être démasqué. Il va ainsi piéger Alain Soral.

Une oppressante incursion dans les entrailles de l’antisémitisme

Dans Les bouffons de la haine, la réalité dépasse la fiction. Le lecteur croit lire un roman, le suspense est omniprésent. L’auteur décrit bien le stress permanent, la crainte d’être démasqué, de perdre sa légende. Le personnage de Thomas Nlend est attachant par ses fragilités mais aussi, sa lucidité, son courage . C’est un plongeon dans un mouvement d’extrême droite. Comme l’écrit Caroline Fourest dans sa préface, cette incursion dans les entrailles de l’extrême droite dévoile la «fabrique de la haine». Thomas Nlend dissèque les ressorts de l’antisémitisme contemporain: l’envie , la jalousie , le besoin de boucs émissaires pour ne pas se remettre en question. L’analyse psychologique du personnage d’Alain Soral est fine. Il avait tout essayé pour devenir riche et célèbre.Il y est parvenu en devenant marchand de haine. Le personnage de Mathias change: le spectacle de l’antisémitisme haineux l’horrifie, il devient militant , chargé d’une mission. Son seul but sera de dynamiter le mouvement de l’intérieur. Son courage est exemplaire lors des manifestations antisémites violentes ou face à Alain Soral.

Ce livre est une confession, indispensable pour Thomas Nlend, afin qu’il puisse se justifier en particulier auprès de sa famille, après les doutes récurrents sur son infiltration. Sa rédaction a été soutenue par Caroline Fourest car il démontre de manière explicite les liens dangereux entre l’extrême droite antisémite traditionnelle et les islamistes radicaux. C’est un cri d’alerte face au racisme et à l’antisémitisme.

Thomas Nlend, Les Bouffons de la haine, Grasset, 318 pages, 20,90 Euros, sortie en Janvier 2022.

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