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Eloge de la vieillesse de Hermann Hesse, n’oubliez pas de vivre juste avant de mourir

20 mars 2011 | PAR Olivia Leboyer

Vieillir, c’est être capable de poser sur les choses de la vie un regard neuf, émerveillé. Ce qui va finir, ce qui échappe, est encore, pour quelques courts instants, à notre portée ! De courts textes, précis, lumineux, sur une entrée vers la mort débarrassée de la peur.

Le titre original, Mit der Reife wird man immer jünger (Avec l’âge, on rajeunit de plus en plus), met bien l’accent sur ce paradoxe : les vieux, les très très vieux, peuvent retrouver, ou même tout simplement trouver, enfin, le bonheur. Ce petit recueil de textes inédits n’a rien d’une énumération consensuelle de menus plaisirs à la Philippe Delerm. L’auteur du Loup des Steppes, de Narcisse et Goldmund, de Peter Camenzind ou de Siddharta livre ici des réflexions frappantes, d’une grande simplicité, sur le grand âge. Sous forme de poèmes ou de brefs récits, Hesse conte le temps qui file et nous abandonne, les misères corporelles de la vieillesse, mais aussi l’instant pur, magique, que l’on retient, que l’on saisit encore, peut-être pour la dernière fois :

« Était-ce la mort, la mort du feuillage hivernal qui s’était accomplie sans heurt, sans résistance ? Etait-ce la vie, la jeunesse impatiente et gaie des bourgeons dont la volonté s’était soudain éveillée, leur permettant de conquérir l’espace dont ils avaient besoin ? Etait-ce triste, était-ce amusant ? (…) Cela n’avait aucune signification particulière, ne m’avertissait de rien (…) c’était merveilleux » (« Harmonie du mouvement et de l’immobilité », pp.58-59)

Fugace, le bonheur devient d’autant plus précieux, réellement vital. Avec la conscience de la mort, les plaisirs apparaissent soudain comme des cadeaux inespérés (« Mais une fois encore avant la fin / Je veux prendre une de ces jeunettes (…) / J’ôte sa jupe, sa culotte ajustée », p. 31).
Comme dans les films de Manoel de Oliveira, autre magnifique vieillard (lui, toujours vivant), observer patiemment le temps qui passe est une activité à part entière. Évidemment, homme des montagnes, Hermann Hesse trouve ses derniers moments de joie dans la nature, observant inlassablement le passage des saisons, pour un nouveau cycle :

« mes douleurs croissaient généreusement comme les fleurs dans l’herbe des champs et je surmontais avec difficulté l’épreuve des nuits. Cependant, les courtes heures où je pouvais sortir chaque jour m’offraient la possibilité de tout oublier, de m’abandonner à la magie du printemps. Parfois, je vivais même des moments de ravissement (…) Ces événements sont inattendus et ne durent que quelques secondes, quelques minutes. » (p. 54)

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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