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Michaël Ferrier signe un beau texte sur l’amitié et le deuil

Michaël Ferrier signe un beau texte sur l’amitié et le deuil

19 août 2018 | PAR Jérôme Avenas

Les Éditions Gallimard publient dans la collection « L’infini », « François, portrait d’un absent » de Michaël Ferrier, émouvant texte en hommage à son ami disparu.

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« La littérature est l’art du deuil par excellence et, dans sa fragilité même, le papier est supérieur au marbre. » On imagine combien la blancheur de la page devant l’écrivain devait faire écho, au moment d’écrire les premiers mots, à cette « voix blanche » qui lui a annoncé, une nuit de décembre, que son ami François Christophe est mort noyé avec sa fille Bahia, emportés par une vague. En lisant les mots « art du deuil », on pense à toutes les œuvres si lumineuses sorties d’un événement aussi noir. C’est tout le paradoxe de la littérature, c’est toute sa force. Le livre de Michaël Ferrier s’inscrit dans cette veine. L’émotion de l’écrivain affleure à chaque page. L’amour aussi. L’amour pour son ami. Passé un prologue en deux mouvements, écrit comme des sanglots, l’écrivain structure son texte en trois parties, trois titres de film. François Christophe, avant de travailler pour la radio où il a excellé, est passé par la Fémis. Il a réalisé un documentaire, « Thierry, portrait d’un absent » dont l’écrivain fait référence dans son titre. Le cinéma est une passion dévorante. Michaël Ferrier, en dessinant son ami de mémoire, ne laisse pas de côté sa conception du cinéma : « (…) nulle supplique plaintive, aucun pathétique grandiose mais un simple effet de présence. Pas de grands mots ni de belles images. C’est une photo minuscule qui ouvre à un espace immense, par effraction, une présence vibrante logée dans l’ouverture d’un simple médaillon. »
Le livre de Michaël Ferrier interroge l’amitié à chaque page sous la forme de questions explicites : Comment naît une amitié ? Qu’est-ce que l’amitié ? Parfois sous la forme de réponses que le lecteur peut reprendre à son compte  : « L’amitié est une musique », « Toute amitié construit son propre espace ». Le deuil, c’est peut-être tenter de comprendre ce qu’un être a réellement représenté dans notre vie.
On regrette parfois – rarement – quelques formules un peu ‘tarte à la crème’ : « Écrire, c’est passer de l’autre côté du temps »,  par exemple. C’est lorsqu’il évoque le corps de son ami, qu’il le contemple du lointain de la mémoire comme un amant que Michaël Ferrier touche au cœur. Le corps est souvent laissé pour compte quand on évoque l’amitié. Or, « la mémoire est physiologique avant d’être psychologique. » Comme autant de blasons, sourcils et barbes sont évoqués dans de très belles pages. François, portrait d’un absent n’est pas un journal du deuil, lourd et sombre, mais plutôt la célébration, par-delà la mort, de l’amitié ce « fantôme » insaisissable.

Michaël Ferrier, François, portrait d’un absent, Éditions Gallimard (Collection L’Infini), août 2018, 256 pages, 20€

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Jérôme Avenas

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