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[Chronique] « Réveille-toi Papa, c’est fini ! » : la lettre aux enfants de Jean-Raphaël Hirsch

[Chronique] « Réveille-toi Papa, c’est fini ! » : la lettre aux enfants de Jean-Raphaël Hirsch

06 mai 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

656 pages qui s’avalent comme on mate un western. C’est la première sensation qui vient quand on referme ce livre monstre, à la fois double témoignage et manifeste. Réveille-toi Papa, c’est fini ! est un apport inégalé à la place des enfants cachés dans l’histoire de France, même si son auteur Jean-Raphael Hirsch le conteste en affirmant « c’est simplement l’histoire de ma vie « . Cette vie-là, vaut sa place dans l’Histoire.

[rating=5]

9782226251558g (1)Jean-Raphaël Hirsch est un grand chirurgien qui a révolutionné la médecine française. Il a participé à la création de dispensaires ( dont le Cosem) permettant aux pauvres et aux riches d’être soignés à égalité. Il naît à Paris en 1933, « Nano » est le fils de Sigismond Hirsch, « Djigo ». La parole qu’il pose dans ce livre est celle d’un enfant caché, d’un éternel enfant caché, lui qui à 9 ans, et qui aura toujours 9 ans, se retrouve à Moissac, auréolé du titre de « plus jeune résistant de France », la belle affaire. Nano est agent de liaison, il permet à 400 enfants planqués dans les fermes de la région de rester en vie.

Réveille-toi Papa, c’est fini ! nous plonge dans l’histoire de la résistance juive, qui reste, malgré les travaux des historiens, notamment André Kaspi, Jacques Lazarus, Lucien Lazare ou Jean Mattéoli, un fait peu connu. Réveille-toi Papa, c’est fini ! est aussi un témoignage rare sur la Shoah car Sigismond Hirsch et sa femme Berthe Hirsch ont tous deux été dénoncés et envoyés, via l’insalubre Drancy à Birkenau. Elle sera gazée à son arrivée en novembre 1943. Lui non. Il survit, a la chance de rester au camp et de ne pas affronter les sordides travaux d’épuisement. Dans cette vie cinématographique, c’est le « docteur » Mengele, le bourreau-charcutier d’Auschwitz qui le sauve en le nommant « assistant ». Mieux nourri, mieux abrité, Sigismond Hirsch pourra ressortir vivant de l’enfer, et pourra témoigner.

Les vies du père et du fils se croisent et se collent. Tous deux résistants, tous deux grands médecins dans un récit à l’écriture claire et aux répétitions volontairement nombreuses « on ne guérit pas de la Shoah« .

Le livre est truffé d’anecdotes, de rencontres et de surprises. Ces vies-là sont impensables. Quels sont les hasards qui vous font acquérir une maison de rêve ou un Brueghel sans l’avoir cherché ? Comment Prévert arrive à votre table ? En lisant Réveille-toi Papa, c’est fini !, vous emportez un double témoignage : celui du père dans la plume du fils, et celui du fils dans sa plume qui tous deux permettent de comprendre comment les 2 600 juifs qui sont revenus des camps sur les 76 000 déportés y sont arrivés. Comment les enfants ont pu être cachés. Quel fut le rôle des Eclaireurs Israélites de France. Comment la France a fini par reconnaître sa responsabilité.

C’est aussi l’histoire d’une vengeance, « Plus tard en réaction, je l’avoue, j’ai eu envie moi aussi de faire « le matamore », de faire des études, des concours d’en faire toujours plus, de gagner beaucoup d’argent, de construire des maisons à ma manière, des hôpitaux, d’épater le bourgeois, de m’afficher avec de belles filles ou de parader avec des voitures de sport. Vaines et prétentieuses réactions, ce dont j’étais parfaitement conscient ». (p. 580)

Préfacé par Boris Cyrulnik, publié chez Albin Michel, l’ouvrage est une oeuvre pour mémoire et pour transmission.

A lire absolument.

Jean-Raphaël Hirsch, Réveille-toi Papa, c’est fini !, préface de Boris Cyrulnik, 656 pages, Albin Michel, 2014. En librairies.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

2 thoughts on “[Chronique] « Réveille-toi Papa, c’est fini ! » : la lettre aux enfants de Jean-Raphaël Hirsch”

Commentaire(s)

  • Anne-Marie Helwaser

    J’ai personnellement connu Jean Rapheael Hirsch qui tristement est tout juste décédé. Juste quelques mots en sa mémoire, pour témoigner non seulement sur son livre touchant et passionnant, mais aussi pour ajouter, que Jean, comme tous les grands hommes d’influence, utilisait ses expériences de vie et de mort pour partager et guider ceux qui l’entouraient, et qui en outre, était doté d’une écoute et d’une générosité pour l’autre , qui, personnellement, m’a sauvé la vie .

    septembre 13, 2016 at 23 h 48 min
  • Thenot guetault daniele

    Je viens d apprendre que le Dr Jr Hirsch était décédé. J ai ete tres touchee. Il a été mon patron au Cosem à Paris pdt de longues années. J avais decouvert qu il avait fait de la résistance des l âgé de 9 ans dans un livre que j ai lu chez un habitant de loches dans l’indre et loire que j ai acheté et qu il s’appelle les enfts dans la résistance
    Je vais m’empresser d acheter réveille toi papa, c est fini.
    Lorsque j’irai sur paris j’irai me recueillir sur sa tombe. Je lui dois bien, car j ai bcp de souvenir de ma période professionnelle, il savait tenir son personnel et nous le respectons même si le travail était difficile. Merci Mr Hirsch
    Soyez heureux la ou vous êtes, vous le méritez.

    avril 14, 2018 at 21 h 44 min

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