Livres

Chair Sauvage de Yehoshua Kenaz

31 mai 2011 | PAR Marie-Salome Peyronnel

Apres Retour des amours perdus et Infiltration, Yehoshua Kenaz nous offre un livre à l’image de son pays : sec, avec des frontières troubles (entre réalité et fantastique, entre tragique et comique), marqué par la présence de la mort comme toile de fond permanente. Ces neuf nouvelles qui mêlent le fantastique et l’insondable à des descriptions détaillées d’instants de vie réalistes et émouvants dépeignent une réalité bizarre au cœur d’une Tel Aviv intimiste.

Dans le cadre poussiéreux et étouffant d’une ville où les femmes crient dans les ruelles pour appeler leurs enfants, où les immeubles décrépis abritent des locataires si discrets qu’on les croit morts et où les portes sont si vieilles qu’elles risquent de rester bloquées, une intimité particulière éclot entre le lecteur et les personnages. Nous avons accès aux menus détails de leurs quotidiens mais la justesse de cet ouvrage est de savoir laisser dans l’ombre un certains nombres de questions sans réponse et d’éléments mystérieux.

Kenaz accorde une grande place à l’imaginaire, celui d’enfants, d’une femme traumatisée ou encore l’imaginaire collectif. L’étrangeté est intégrée à la vie. A aucun moment l’auteur n’explique ni ne rationnalise. Le lecteur n’en sait pas plus que les personnages face aux excroissances de chair allemande que la rescapée de la Shoah Clara Hoffman sent pousser en elle, ni face aux autres incongruités narrées dans ces 221 pages. Yehoshua Kenaz trouble d’autant plus le lecteur que dans certaines situations, la réalité apparaît à celui qui la vit, tout aussi étrange que la fiction. Qu’en est il par exemple de l’enfant qui apprend qu’il a été allaité par une nourrice et non par sa mère ou encore des convives qui se retrouvent mystérieusement enfermés dans l’appartement d’un inconnu ? (clin d’œil au « Charme discret de la bourgeoisie » de Bunuel ?)

Avec ces neufs histoires, Kenaz continue de rendre hommage à Tel Aviv et à sa patrie. Certes, l’auteur dépeint crument la société israélienne mais cette honnêteté permet seule un amour véritable.

Yehoshua Kenaz, Chair Sauvage, Nouvelle, trad. Rosa Pinhas Delpuech, 220 p., 20 euros.

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Marie-Salome Peyronnel

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