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« Cette maudite race humaine » : Cinq textes fins et inattendus de Mark Twain

« Cette maudite race humaine » : Cinq textes fins et inattendus de Mark Twain

15 juin 2020 | PAR La Rédaction

« Cette maudite race humaine », de Mark Twain : Une approche révolutionnaire et critique de la place de l’Homme sur Terre et son rapport avec la nature, ses semblables et les autres espèces. A lire.

Par Emmanuel GUEDJ
Essayiste, écrivain et humoriste américain, Mark Twain (1835-1910) nous livre à travers cet ouvrage, cinq textes d’une subtilité inégalable, teintés d’ironie et d’inattendu. Ecrit à la fin de sa vie et publié à titre posthume, l’auteur nous offre une critique de l’être humain à travers son rapport au monde et son penchant pour l’anthropocentrisme. Un contrepoids au créationnisme et à l’arrogance.

« Le monde a-t-il été fait pour l’Homme » ? « Il semblerait que je sois le dernier scientifique et théologien à n’avoir pas été entendu sur ce sujet important ».

L’auteur des aventures de Tom Sawyer prend la parole avec humour et raffinement pour lutter contre les différentes théories du créationnisme. À cela s’ajoute une satire de l’hypocrisie ou du sentiment de supériorité de l’espèce humaine. Parcourant le chemin de l’évolution, de manière rigoureuse et vérifiée, il nous interpelle avec malice et nous rappelle que l’huître n’a pas la présomption de croire que le monde l’attendait. Magistral.

Un être supérieur capable de mentir, faire preuve de sexisme, piller, violer, tuer et se confesser le lendemain. Est-ce possible ? Pas de morale mais une mise en garde réfléchie et percutante.

L’auteur américain nous livre une délicieuse critique. Twain fustige la mainmise de l’Homme sur la nature. L’asservissement de certaines créatures au profit de l’être humain et de son mode de vie. Certaines sont répudiées à jamais quand d’autres, malheureusement plus rares, sont érigées en symbole de sociétés fixant elle-même les lois. À travers une argumentation digne de cet écrivain, Mark Twain fustige nos sociétés cruelles envers nos prochains et les animaux, notre anthropocentrisme ainsi que notre cupidité et notre radinerie. Il n’hésite pas à affirmer la supériorité de l’anaconda par rapport au comte. Deux espèces de chasseurs mais seul le dernier tue pour le sport ou le plaisir.
Malgré une critique acerbe de la société américaine et une antipathie prononcée pour les Français qu’il qualifie d’« horribles » ou de peu hygiéniques, Twain fait preuve d’un humanisme, d’une analyse ironique, humoristique et vive de la société au fil des siècles. Nous retrouvons ce talent et ce style tout au long de sa vie mais de manière plus accentuée à la fin de sa vie ou il écrira de nombreux ouvrages dont celui que nous évoquons en ce moment. Pas d’amertume dans ses textes. Nous ne pouvons que louer cela quand nous savons qu’il perdra sa femme et deux de ses filles.

Une description morne et décevante de nos actes à travers les siècles.

Terrifiant et en phase avec l’actualité, encore aujourd’hui. Nous ne pouvons que rester silencieux face à ces constats de l’auteur. Tout en finesse. Bluffant et contemporain.

Ces textes nous poussent à réfléchir de manière clairvoyante sur nos agissements et à nous demander si notre comportement ne serait pas inférieur moralement aux autres espèces. L’homme est-il réellement un être supérieur ? Déstabilisant pour notre ego mais une introspection, une réflexion nécessaire. Pour nous mais aussi pour les générations futures, ces cinq textes représentent une source de débats écologiques et anti spécistes actuels.

Mark Twain, Cette maudite race humaine, Actes Sud, 80 pages. Parution chez Babel, 20 mai 2020, 5.80€. 
Visuel : couverture du livre

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