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Ce que l’on peut lire dans l’air de Dinaw Mengestu

Ce que l’on peut lire dans l’air de Dinaw Mengestu

03 août 2011 | PAR Yaël Hirsch

Après le succès des « Belles choses que porte le ciel » (Albin Michel, 2007), l’écrivain américain d’origine éthiopienne Dinaw Mengestu est de retour avec un nouveau roman tout aussi fin et douloureux sur cette société d’immigrés que sont les États-Unis. S’étalant sur deux générations sacrifiées, les arrivants et leurs enfants, et avec en arrière-fond l’activité d’un centre d’aide aux réfugiés politiques, « Ce que l’on peut lire dans l’air » est un livre grave, beau et profond. Sortie le 18 août, chez Albin Michel.

New-York, années 1980. Yosef et Mariam travaillent tous deux dans un centre d’aide aux réfugiés politiques. Elle fait des études de droit, il végète après avoir fini un premier cycle de littérature anglo-saxonne. Elle défend les droits des réfugiés; il rééecrit leur histoire, de manière à ce qu’elle puisse toucher les autorités. Le jeune couple commence par se balader beaucoup dans New-York avant d’emménager ensemble. L’argent manque : elle a son prêt étudiant à rembourser et quitte le centre d’aide pour travailler comme une folle dans un cabinet, il perd son travail, faute d’aide et doit prendre un job d’enseignant à mi-temps. Petit à petit, le couple s’éloigne, multipliant les silences et les brouillages sur leur passé de fils et fille d’immigrés. En parallèle, Mengestu décrit un autre couple en guerre : les parents de Yosef.

Dans le cadre rêveur du New-York des années 1980, Mengestu distille de sa formidable plume une nostalgie quasiment paralysante qui s’éclaire à la lumière triste d’un couple d’immigrés perdus dans le Michigan. Les racines tronquées demeurent, de génération en génération et pèsent comme une malédiction sur les projets d’avenir. Elles rendent la jeunesse vieille et silencieuse, malgré l’amour et malgré toutes les tentatives d’action. L’histoire de parents immigrés, se dit se répète, se déforme en fonction des humeurs et des douleurs des enfants. Par-delà ce terrible constat social, « Ce que l’on peut lire dans l’air », est aussi la fresque juste de deux membres d’un couple qui s’agrippent l’un à l’autre, pur mieux s’éloigner dans le silence.

Dinaw Mengestu, Ce que l’on peut lire dans l’air, trad. Michèle Albaret-Maatsch, Albin Michel, 370 p., 22 euros, sortie le 18 août 2011.

« Pour moi, c’était une caractéristique purement américaine – cette aptitude à démonter tout lien vous rattachant au passé et à en inventer de nouveaux en chemin. » p. 125

photo : Linda Nylind pour The Guardian.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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