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[Carnet de voyage] Lourmarin, sur les pas d’Albert Camus…

[Carnet de voyage] Lourmarin, sur les pas d’Albert Camus…

04 octobre 2013 | PAR Alice Dubois

20 juillet 2013. Assise à l’ombre des oliviers en pot au coeur d’Avignon, je regarde, épuisée, les troupes de comédiens transpirant sous leurs costumes de taffetas. Il fait 35° à l’ombre. Ou peut-être plus. Le Festival bât son plein sous un soleil qui semble avoir pactiser avec le diable. Sirotant la boisson locale, me voilà en train de rêver…Et si on partait tout de suite ? Il paraît que la voiture ne tiendra pas jusque là-haut. Chiche ?

Laissant derrière nous la foule entassée et qui bat des deux mains, les gradins surpeuplés qui collent aux cuisses des filles, nous partons. Plus loin dans les terres. Là où le silence règne de toute sa superbe. C’est drôle. Croyez-vous aux coïncidences ? Alors que récemment, une personne tombée du ciel me parlait d’Albert Camus et de son profond attachement à l’homme qu’il fût, voilà qu’on me propose de passer quelques jours dans une magnifique bâtisse nichée sur la route de Lourmarin, sans autre condition que de ne rien offrir en échange. N’y croyant pas du tout, moi, aux coïncidences, je n’ai pas hésité…

Et voilà comment, un jour d’été, j’ai découvert Lourmarin et Albert Camus.

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Village pittoresque ancré au pied du Luberon, célèbre pour son cachet et ses hôtes de marque, Lourmarin est un petit joyau paisible, déroulant ses charmes au rythme du chant des cigales. Alors que les autochtones ne sont pas encore revenus de leurs voyages estivaux, que j’imagine lointains, les rues sont vides, les terrasses paisibles…A lézarder ainsi au soleil, je comprends. A l’heure où le pays tout entier s’apprête à fêter le centenaire de la naissance d’Albert Camus, je me dit que non, décidemment, les coïncidences, ça n’existe pas.

« 30 septembre 1958. Un mois passé à revoir le Vaucluse et à trouver une maison. Acquis celle de Lourmarin. »

LourmarinchateauDésireux de s’éloigner de Paris, et des guerres intestines entre intellectuels, Albert Camus s’est installé à Lourmarin en 1958. C’est Jean Grenier, son professeur de philosophie et mentor qui lui transmet son amour de la Provence, notamment à travers son texte « Terrasses de Lourmarin ». Tombé lui aussi sous le charme de ces paysages, de ce pays « solennel et austère malgré sa beauté bouleversante », Albert Camus pose ses valises et achète une maison. De sa terrasse, on dit qu’il se perdait dans l’immensité des plaines et des montagnes qui lui rappelaient tant celles de son Algérie natale.

« J’ai appris tout de suite qu’une balle ne vous arrivait jamais du côté où l’on croyait. Ca m’a servi dans l’existence… »

C’est en milieu de matinée, après avoir profité de l’ombre du café Gaby, petit havre de paix au centre du village, que nous entamons notre balade. Sachez que l’Office du tourisme propose des visites guidées mais comme ce matin-là, nous somme seuls, la jeune fille derrière son comptoir nous fait gentiment comprendre que la visite, il faudra la faire nous-mêmes…Et comme pour se faire pardonner, la voilà qui nous flanque de tout un tas de photocopies et d’un plan gribouillé avant de nous souhaiter une belle journée. Loin de gâcher notre plaisir, nous sommes heureux d’être notre propre guide. Une heure en tête à tête avec Albert Camus. C’est exactement ce que nous voulions.

Pour commencer notre découverte, direction l’immense stade de foot qui s’étend au pied du château. Albert Camus adorait ça, le foot. Déjà dans l’équipe universitaire en Algérie, il tenait la place du goal, de celui qui observe et qui réfléchit. Plus tard, à Lourmarin, il continuera à se mêler aux joueurs, assistant très souvent aux matches des jeunes équipes.

Mais si Albert Camus était un sportif, il n’en aimait pas moins la gastronomie et Lourmarin va lui offrir de quoi être heureux. C’est à l’hôtel restaurant L’Ollier notamment qu’il aimait retrouver ses amis. Pour profiter des plaisirs de la table incognito, il se faisait appeler « Monsieur Terrasse » …Le lieu est toujours en activité et vous pouvez encore profiter de la table, même si, parait-il, la bonne cuisine n’est plus ce qu’elle était…

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Arpentant les ruelles entremêlées du village, nous tombons aisément sur la rue qui porte désormais son nom et qui grimpe en direction de l’église. C’est ici que se trouve l’ancienne demeure. Mais il n’est pas possible de la visiter car bien loin d’être un musée, c’est là où vit encore sa fille, Catherine.

Au fil de nos déambulations, nous lisons quelques textes. D’Albert Camus et de son ami René Char. Comme pour mieux comprendre ce qui a été. Une promenade littéraire émouvante.

« (…) j’ai senti parfois le goût vert et fugitif d’un bonheur immérité. Ciel et terre étaient alors réconciliés. » 

Alors que le soleil commence à décliner légèrement, nous faisant grâce d’un peu de douceur, nous sortons du village pour un dernier hommage. A quelques minutes, aux abords du centre, si vous longez la grand route en vous fiant à votre instinct, vous tomberez aisément sur le cimetière de Lourmarin, là où repose Albert Camus depuis cet accident stupide qui lui couta la vie et celle de son ami Michel Gallimard.

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Etrange petit cimetière, où les tombes ne portent parfois qu’un prénom, où l’aridité a réduit à néant toute tentative de floraison…

Nous sommes seuls et nous prenons le temps. Le temps de regarder chacune des sépultures, de s’émouvoir du beau laurier fleuri qui trône fièrement, comme pour narguer le temps qui passe, sur la tombe d’Albert Camus. Le temps aussi, de remercier la vie, qui nous a mené tout droit sur les pas de celui dont nous savourons encore les mots et qui écrivit: « Qu’est ce que le bonheur sinon l’accord vrai entre un homme et l’existence qu’il mène? »…Vaste question que nous déclinons chaque jour au féminin.

Albert Camus et le Foot, « Ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois… »
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Alice Dubois
Alice a suivi une formation d’historienne et obtenu sa maitrise d'histoire contemporaine à l'université d'Avignon. Parallèlement, elle est élève-comédienne au Conservatoire régional d'art dramatique de la ville. Elle renonce à son DESS de Management interculturel et médiation religieuse à l'IEP d'Aix en Provence et monte à Paris en 2004 pour fonder sa propre compagnie. Intermittente du spectacle, elle navigue entre ses activités de comédienne, ses travaux d'écriture personnels et ses chroniques culturelles pour différents webmagazines. Actuellement, elle travaille sur un projet rock-folk avec son compagnon. Elle rejoint la rédaction de TLC en septembre 2012. Elle écrit pour plusieurs rubriques mais essentiellement sur la Littérature.

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