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Camille Pascal dépeint des scènes de la vie quotidienne à l’Elysée

28 octobre 2012 | PAR Jean-Paul Fourmont

Si l’Élysée m’était conté : l’ouvrage de Camille Pascal, Scènes de la vie quotidienne à l’Élysée, n’est pas sans ressembler au célèbre film de Sacha Guitry de 1953 « Si Versailles m’était conté… ». L’analogie est d’autant plus frappante que Camille Pascal est versaillais.

Le style
Il faut reconnaître à Camille Pascal qu’il manie très bien la langue française et qu’il a incontestablement un très riche vocabulaire. Tour à tour, le lecteur découvre en effet des mots et des expressions, comme « foutraque », « brique » (morceaux de discours rédigés par les différents conseillers techniques du chef de l’Etat), « tchin élyséen » (allusion au « tchin » russe, véritable table des rangs établie par Pierre le Grand), « gommeux » (Guillaume Peltier, par exemple), « fat » (« mais quel fat, ce FOG, quel fat ! »), « hélitreuiller la reine Christine » après ses déboires à France 24, etc.

La vie au château
Dans cet ouvrage, Camille Pascal relate son arrivée au château. Il fut, tout d’abord, présenté au commandant militaire de la place, car tout y est aux mains des militaires. Ensuite, on lui remit la fameuse carte tricolore, barrée en lettres d’or de la prestigieuse mention « Présidence de la République », qui permet en cas de pépin de prévenir directement l’Élysée avec un numéro de téléphone adéquat.

Puis, on lui présenta le directeur des résidences présidentielles, lequel lui affecta un bureau pour pouvoir remplir sa mission. On lui affecta alors un bureau, ou plutôt une soupente. Et, à cette occasion, on lui enseigna la règle d’or selon laquelle tous les personnels de la Présidence de la République ne doivent jamais fouler aux pieds le gravier de la cour, mais en faire le tour. En effet, seuls les voitures des ministres ou les invités du chef de l’Etat ont le droit de fouler les graviers.

Au château, Camille Pascal découvrit l’existence d’une légende tenace : « une rumeur insistante voulait qu’à l’époque de François Mitterrand, où régnaient à l’Élysée des mœurs mérovingiennes, certains conseillers du prince, et non des moindres, s’étaient aménagées des garçonnières, où ils entrainaient, pour mieux se pénétrer de leurs dossiers, les jolies solliciteuses venues défendre la carrière de leur mari ». D’après l’auteur, le petit personnel de l’Élysée a baptisé ces soupentes « le bureau des avancements ».

Dans le somptueux salon des ambassadeurs, où l’or ruisselle sur les grands décors de boiseries, Camille Pascal évoque une rencontre qui eut lieu entre des historiens et le Président de la République. Les historiens, écrit l’auteur, furent ébahis et tout à fait impressionnés par le récit de la rencontre du Président sortant avec Poutine.

La guerre des plumes a-t-elle eu lieu ?
Au départ, Henri Guaino était la seule plume du Président. Peu à peu, il s’est, semble-t-il, fatigué et, de plus en plus bruyamment, il « piaffait » d’impatience de devenir ministre. Le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy avait clairement manifesté son souhait d’échapper à sa condition de négritude pour se préparer à d’autres fonctions. D’après Camille Pascal, « Henri Guaino ne voulait plus pisser de la copie ». Il y eut certes un accord informel entre les deux plumes, mais les relations furent parfois tendues. Au final, on peut parler d’une cohabitation entre les deux plumes.

Les révélations
Pour ce qui est du plan social de Peugeot, il semble évident que le Président de la République était au courant de ce qui se tramait. Il aurait même demandé au constructeur automobile de retarder les licenciements. D’ailleurs, à cette occasion, les échanges entre Nicolas Sarkozy et le PDG de Peugeot furent particulièrement vifs.

Souvent, il y eut des colères présidentielles contre ses collaborateurs, par exemple lors de la venue de Vladimir Poutine : les services de l’Élysée n’avaient pas perçu son importance, initialement, ils n’avaient prévu qu’une entrevue de… dix minutes… Ce fut également le cas lors de l’affaire Merah.

La visite rocambolesque de Gérard Depardieu au château a marqué l’ancien conseiller. L’entrevue constitue un véritable morceau d’anthologie, tant sur la forme que sur le fond, tant elle en dit long sur les mœurs des élites hexagonales. En toute simplicité, l’acteur était venu chercher l’appui présidentiel, qu’il trouva assez facilement.

A propos de son idée de « révolution fellaga », Nicolas Sarkozy interrogea vertement Camille Pascal : mais « qu’est-ce qui vous est passé par la tête ? Voulez-vous déclencher une guerre avec l’Algérie ? Il ne vous reste plus qu’à écrire un autre discours ». Parfois, la plume présidentielle voulait donc aller plus loin que le Président sans que celui-ci approuve.

Pour Camille Pascal, qui dans les mois qui précédèrent l’élection présidentielle n’ignorait pas ce qui se disait dans Paris à propos des sondages en berne et de la victoire annoncée de DSK, « le Président de la République « n’était pas coupé de tout », loin s’en faut. Au fil des pages,l’ancien conseiller s’efforce de démontrer que Nicolas Sarkozy n’ignorait rien de la grogne du pays.

Camille Pascal a écrit un livre plaisant et documenté, mais n’est pas Saint-Simon qui veut. Une honnête contribution !

Camille Pascal,  Scènes de la vie quotidienne à l’Élysée, 269 pages, 19 euros, éditions Plon, sortie le 11 octobre 2012.

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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