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« Bons baisers du pays des hypocrites » : le regard de Timothy Findley

« Bons baisers du pays des hypocrites » : le regard de Timothy Findley

06 novembre 2014 | PAR Marie-Lucie Walch

Les éditions Les Allusifs, poursuivent leur travail de diffusion des œuvres peu connues de l’auteur canadien, Timothy Findley, avec la parution de Bons baisers du pays des hypocritesL’occasion pour le lectorat français de découvrir ce recueil de nouvelles écrit en 1985, dont les jeux formels invitent à regarder d’un peu plus près les prises de position du narrateur.

[rating=4]

Les yeux représentés sur la couverture ne nous mentent pas. C’est bien du regard décliné tout au long des sept nouvelles dont il va être question. Celui d’Effie d’abord, chargée d’attente, qui scrute désespérément dans les orages la venue du « Lui » mystérieux . Le voyeurisme forcené mené par les personnages du second récit qui donne son titre au recueil. En effet, tout le petit monde du « pays des hypocrites », Cheeverland, s’épie, que ce soit au moyen de jumelles, de télescope ou de derrière un buisson. Le voyeur se fait ensuite veilleur. Il observe le passage du premier satellite tout en décrivant la lente déchéance d’une femme haute en couleur et atteinte d’un cancer. L’observation brute et déductive est mise à mal dans l’histoire suivante, où le narrateur ironise la manière systématique dont une écrivaine accro à l’héro  « épingle » ses contemporains sans voir réellement sa propre détresse.  Les dernières nouvelles, extrêmement visuelles, déplacent le regard du lecteur vers celui d’un spectateur de théâtre en mélangeant didascalies et texte dialogué.

Le regard du lecteur est, lui aussi sollicité. En effet, la mise en page avec laquelle l’auteur semble s’être amusé saute aux yeux comme une évidence. Une évidence ? Pas si simple pourtant, ce saut de ligne entre deux paragraphes, sans raison apparente:

« Un petit vent doux, par la fenêtre, fait se relever les coins des pages d’un magazine et il y a

Des photos. »

Ou encore cette insertion à propos de la typographie dans la narration même:

« Tu ne veux vraiment pas y retourner? – Non. — Vraiment pas. Le long tiret, c’est pour le moment pendant lequel elle a mouché son nez. »

Les parenthèses ont également leur mot à dire, servant tour à tour de didascalies scéniques ou d’aparté au lecteur. Cette utilisation unique des ressources typographiques confère au texte une place de choix, dans un contexte ambiant où l’image est omniprésente. Friand de calembours dans son recueil et associant ce problème de fond qu’est le regard à la forme de ses récits, Timothy Findley joue sur les points de vue au sein d’une même nouvelle. Ainsi le discours narratif circule librement parmi les personnages. L’un d’eux n’est-il pas « l’image même de Virginia Woolf »? L’égérie du discours direct libre qu’il utilise constamment n’est pas la seule que l’auteur canadien convoque. Les Anderson, Dinstitch, Baker, et autres habitants de Cheeverland, sont issus de ce quartier huppé et fictif tiré d’une citation de l’écrivain américain Cheeve. Et son interprétation du personnage d’Ezra Pound enfermé dans sa cage et haï de tous, a quelque chose de L’artiste de la faim kafkaïen.

S’il se fait l’héritier de ces fortes références littéraires, Findley n’en demeure pas moins détenteur d’un style tout à fait innovant, celui de la discussion intérieure. On lira donc ce monologue à plusieurs voix pour le plus grand plaisir de nos mirettes.

Bons baisers du pays des hypocrites, de Timothy Findley. Traduit de l’anglais par René-Daniel Dubois. Paru le 29 octobre 2014 aux éditions Les Allusifs. 169 p. Prix : 13€.

Visuel: © François Berger

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Marie-Lucie Walch

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