Livres

Bérénice 34-44, Isabelle Stibbe nous raconte l’histoire de la Comédie-Française sous Vichy

16 février 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La secrétaire générale de l’Athénée Théâtre Louis Jouvet est une romancière de talent. Isabelle Stibbe signe avec Bérénice 34-44 sa première fiction, publiée aux éditions Serge Safran. Haletant.

Isabelle Stibbe a été responsable des publications de la Comédie-Française, c’est dire si le rouge et or de Richelieu n’a aucun secret pour elle. C’est naturellement que son roman porte le nom d’une héroïne classique, Bérénice, et qu’il se situe au cœur du Français. C’est l’histoire d’une petite fille qui voulait devenir comédienne et qui y arrive envers et contre le refus de ses parents. C’est l’histoire d’une ado de 15 ans qui coupe les ponts avec son père et sa mère. C’est l’histoire d’une petite juive qui a 22 ans en 1941. C’est l’histoire d’une demoiselle brune qui a déjà changé de nom avant sa naissance et qui en changera trois fois entre 34 et 44. C’est l’histoire de Louis Jouvet qui ferme la porte à clef de sa classe au Conservatoire pour que les retardataires ne puissent pas entrer. C’est l’histoire de l’Armée Juive qui sauva tant d’enfants. C’est l’histoire de Jean Vilar et de « Jeune France ». C’est l’histoire de français juifs qui croyaient en leur Etat protecteur. C’est l’histoire d’une trahison. C’est une histoire, mais ce n’est pas du théâtre, c’est l’histoire de France.

Isabelle Stibbe nous plonge dans le cerveau de la belle Bérénice qui est embué par son amour de la Patrie et du théâtre national. Dans une langue vive ponctuée d’agréables mots recherchés, l’auteure nous tient en haleine en créant un transfert immédiat vers cette gamine qui tient tête à son père, fourreur, héros de la guerre 14-18, Moïshe Kapelouchnik devenu Maurice Capel en 1882, après avoir fui les pogroms de  son shtetl natal. Il faut dire, cet amoureux de la France rêvait d’une carrière de fonctionnaire pour la petite, mais, elle, elle veut se marier au théâtre. On l’aime bien d’entrée, même si de fil en aiguille on se dit qu’on aurait choisi d’autres options. Ne dévoilons rien, car ici, tout tient dans ce jeu de l’oie, dont seule la voix off, inconnue (longtemps) a les règles.

La force immense de ce roman réside dans les détails et les apports historiques sur le fonctionnement de la Maison de Molière sous la Collaboration. La nausée monte. Madeleine Renaud, Jean Louis Barrault n’étaient pas très fréquentables. On regardera les salles du Rond-Point autrement.


On regrette un épilogue extrêmement émotionnel, venant dans les trois dernières lignes apporter une dose de culpabilité larmoyante. Reste que jusqu’à la page 314, Bérénice 34-44 se lit comme un roman policier, malheureusement, cette police là, bien française est d’une amitié vorace envers les SS

Extrait, p.198

(…)

( Ndlr : Jacques Copeau, administrateur de la Comédie-Française)…Tous, nous sommes émus part le sort de nos camarades israélites. Mais… et… car peut-on sacrifier tout le personnel de la Maison au nom de quelques-uns ? Songez bien que le personnel en son entier se retrouvera au chômage.

Pierre Dux : Que proposez-vous ? Acceptez ce chantage indigne des Allemands ? Nous comporter comme les barbares qu’ils se montrent ? C’est notre honneur qui est en jeu. La Comédie-Française ne peut se mettre à la botte de Berlin.

(…)

A Fable ! d’Yak Rivais
Berlinale : L’Ours d’or au film roumain Child’s pose
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *