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« Tatoo », une histoire mondiale dans la peau

« Tatoo », une histoire mondiale dans la peau

18 février 2021 | PAR Laetitia Larralde

Considéré comme l’une des stars du tatouage, Henk Schiffmacher nous ouvre les portes de sa collection, à laquelle il s’adonne depuis quarante ans. Avec près de 700 images, Tatoo est une véritable encyclopédie du tatouage et de son histoire.

Après 1000 tatoos, Henk Schiffmacher renouvelle la collaboration avec Taschen pour un nouveau livre sur le tatouage, son sujet de prédilection. Depuis quarante ans, il collectionne à travers le monde tout ce qu’il peut trouver sur le sujet : dessins de tatoueurs célèbres, outils, photographies, gravures… Mais également les histoires et témoignages recueillis tout au long de sa carrière.

Tatoueur autodidacte, Henk Schiffmacher a appris à l’ancienne : en se servant de son corps pour observer les autres tatoueurs et leurs techniques. Sa curiosité qui semble insatiable l’a mené à travers le monde, à la rencontre des artisans de cet art à la réputation souvent contestable. Japon, Thaïlande, Etats-Unis, Bornéo, Samoa, Maroc, Nouvelle-Zélande, de nombreux pays sont passés sous l’œil attentif du tatoueur d’Amsterdam.

Ces voyages permettent de revenir sur les origines du tatouage et d’établir une chronologie. Tatoo nous emmène donc découvrir le tatouage tribal documenté par les expéditions européennes du XVIIIème siècle pour arriver jusqu’aux années 1970 en Europe et aux Etats-Unis, en passant par le Japon et son approche particulière. On suit les hauts et les bas du tatouage, du rite dangereux marquant l’identité chez les Maoris, au tatouage des marins ou des prisonniers, en passant par les attractions de foire ou les tatouages sacrés. Régulièrement interdit par les autorités (ou utilisé par elles pour marquer les criminels), et souvent réprouvé par la « bonne société », le tatouage n’en a pas moins séduit quelques têtes couronnées.

Dans les planches de « flashes », ces motifs déjà prêts proposés par les tatoueurs qui n’avaient pas tous le même niveau en dessin, on retrouve de nombreux motifs récurrents, communs aux pays occidentaux. Les pin-ups, bateaux retournant au port, geishas, serpents, aigles, dragons, et autres croix et poignards forment un corpus commun permettant à ceux qui les arborent de communiquer sur qui ils sont. Car le tatouage est une volonté de s’exprimer : marquer une appartenance, garder un souvenir d’un évènement marquant, jurer fidélité… le tatouage porte en lui une charge émotionnelle.

Tatoo souligne également l’évolution de la technique, qui jusqu’après la seconde guerre mondiale était encore complètement manuelle pour s’électrifier récemment. Cette évolution s’est faite par les expérimentations des tatoueurs, qui fabriquaient leurs outils, bricolaient des machines et testaient les pigments, souvent sur eux-mêmes. D’une pratique douloureuse et parfois dangereuse, marginale, le monde du tatouage s’est organisé aujourd’hui dans un cadre sanitaire réglementé, moins risqué qu’avec le maillet et la pointe des débuts.

Cette histoire du tatouage s’arrête aux années 1970, là où commence celle d’Henk Schiffmacher et ses voyages. On se demande quel est son point de vue sur l’évolution actuelle du tatouage, sur ces motifs souvent plus décoratifs que chargés de sens et l’acceptation de plus en plus vaste d’une pratique jusque-là marginale. Mais ce dont on est sûr, c’est de l’admiration et de l’amour inconditionnels qu’il voue à cette discipline à laquelle il a dédié sa vie : ils se lisent dans chacune de ces pages de ce livre incroyable.

 

TATTOO. 1730s-1970s. Henk Schiffmacher’s Private Collection, De Henk Schiffmacher et Noel Daniel
Allemand, anglais, français – Relié, 29 x 38,8 cm, 6,16 kg, 440 pages, € 125 – Taschen

Visuels : 1- couverture / 2- Hand-colored photograph of a tattooed messenger, by Italian-British photographer Felice “Felix” Beato, ca. 1864?1867. One of the first war photographers and photojournalists, Beato took incredible photographs of Edo Japan. Copyright: Courtesy of the Schiffmacher Tattoo Heritage / 3- Tattoo designs by legendary British tattoo artist Rich Mingins, ca. 1950s–60s. Mingins was called the Dean of London, and was one of the best tattooers of his day. Copyright: Courtesy of the Schiffmacher Tattoo Heritage / 4-5 : vues intérieures du livre Tatoo de Henk Schiffmacher, Taschen

www.taschen.com

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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