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« L’incroyable histoire du French Cancan » de la censure au patrimoine, par Nadège Maruta

« L’incroyable histoire du French Cancan » de la censure au patrimoine, par Nadège Maruta

24 novembre 2014 | PAR Yaël Hirsch

Illustrée, fouillée, charpentée, L’incroyable histoire du French Cancan permet de redécouvrir les coulisses de cette danse qui symbolise « la Belle époque » mais qui vient de plus loin. Longtemps soliste au Moulin Rouge, historienne et chorégraphe (elle a notamment participé aux mises en scènes d’Offenbach par Jérôme Savary au début des années 2000 à l’Opéra Comique), Nadège Maruta apporte une dose d’érudition bluffante à un très Beau-Livre.
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Alors que la danse était jusqu’à la révolution réservée au roi, aux nobles et aux bourgeois-gentilhommes, la Révolution apporte le mouvement au peuple. Le bal, c’est tout au long des 19ème et 20ème siècle, la liberté. C’est en 1825 qu’apparaît le French Cancan, dansé par des hommes seuls, sur une figure de quadrille simplifiée et mise à la portée d’un plus grand nombre. Mais quand les femme se mettent à faire la même chose et à danser seules le cancan, c’est l’hallali.

Ainsi, alors qu’on pense surtout à la Belle-Epoque quand on évoque le French Cancan, tout commence plus tôt à la fureur et surtout au bruit de la révolution. un moment où l’on appelle d’ailleurs le cancan « chahut » et où l’improvisation libère la danse des formes trop strictes; une liberté de mouvement qui réveille la censure légale et sémantique, les périphrases désignant la danse étant surtout des injures. Cela n’empêche pas les fous de cacan de lever la patte très haut. Dès les années 1840, le cancan défend la République, avec des personnages hauts en couleur : Chicard, la Reine Pommaré, Céleste Mogador ou Brididi. On le danse au Bal Mabille Faubourg Saint-Honoré, puis à Montparnasse au Bal Bullier et à la Closerie des Lilas. dans les années 1860, la danse se fait excentrique, le haut de la scène est donné aux plus grands acrobates et Offenbach donne au Cancan son hymne le plus représentatif : le galop infernal de Orphée aux Enfers.

La Gaité est de mise et la belle époque est là, à partir des années 1880 et jusqu’au mythique Moulin Rouge du tournant du siècle que Lautrec a immortalisé, le French Cancan institutionnalise l’impertinence et le refus de la soumission : levers de jupons, grands écarts et danseurs de Cancan stars comme la Goulue, Rigolboche, Grille d’Égout ou Nini Patte en l’Air…

Finissant son ouvrage sur des explications sur un répertoire des pas du cancan et un survol de la standardisation du 20ème siècle (plus de pseudonymes, performances…), Nadège Maruta livre une histoire très complète du French Cancan, avec près de 300 notes, une bibliographie complète et un propos clair et convaincant. Mais l’ouvrage est aussi écrit avec vivacité, les illustrations et la mise en page en font un bel objet coloré et plein d’énergie. une apparence qui participe au triomphe du propos : le cancan, c’est plus qu’un patrimoine parisien en sommeil, c’est une danse populaire et révolutionnaire dont le potentiel de création et de contestation politique et sociale ne demande qu’à être réactivé…

Nadège Maruta, L’incroyable histoire du French Cancan, rebelles et insolentes, les parisiens mènent la danse, Parigramme, 136 pages, 170 documents et photographies. Sortie le 30/10/2014. 25 euros.
visuel : couverture du livre

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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