Beaux-Livres

« Japanese woodblock prints », 250 ans d’estampes japonaises

« Japanese woodblock prints », 250 ans d’estampes japonaises

16 décembre 2019 | PAR Laetitia Larralde

Avec Japanese woodblock prints, Taschen propose une véritable encyclopédie de l’estampe japonaise. Immersion dans l’ancien Japon entre courtisanes, acteurs, fleurs et Mont Fuji.

Plus de six cent pages, un format XXL, quatre-vingt-dix artistes et deux cent œuvres pleine page : ce livre d’Andreas Marks offre un panorama de l’estampe japonaise impressionnant. Il couvre deux cent cinquante ans de création, de 1680 à 1938, de l’ukiyo-e au shin hanga, pour évoquer tant l’histoire de cette discipline que ses chefs-d’œuvre.

Commençons par cette ambiguïté sur la classification de l’estampe japonaise : est-ce un art ou un artisanat ? Le processus de création fait intervenir un dessinateur, un graveur et un imprimeur, tous sous la direction de l’éditeur, pour obtenir des images à visée clairement commerciale. L’auteur du dessin n’était alors pas considéré comme un artiste, mais comme l’un des maillons d’un artisanat de plus en plus complexe et raffiné. Il aura fallu attendre le début du XXème siècle et la réappropriation de toutes les étapes de création par une seule personne, ainsi qu’une diffusion en séries limitées, pour que l’estampe devienne un art.

L’ouvrage est présenté de façon chronologique, afin de mettre en avant l’évolution technique ainsi que l’histoire des différentes écoles de dessinateurs et des réactions du public et des autorités, notamment par la censure. De l’illustration monochrome de livres jusqu’aux surimono, estampes luxueuses utilisant de nombreuses couleurs, du gaufrage, des pigments spéciaux et une précision parfaite dans le calage des différentes étapes d’impression, on constate qu’une fois encore les japonais ont su perfectionner leur art/artisanat jusqu’au sublime.

Lorsque l’on sait qu’Utagawa Kunisada a produit quelques seize mille images au cours de sa carrière, on imagine aisément que la sélection de deux cent œuvres n’est pas simple. Andreas Marks a pris le parti de montrer un échantillon équilibré entre les différentes périodes et les différents artistes, sans trop mettre en avant les grands noms. Certes, Hokusai, Hiroshige, Utamaro ou encore Kuniyoshi ou Kawase Hasui sont présents, comment ne pas parler des maîtres ? Mais ils sont entourés de nombreux autres artistes dont le travail a lui aussi contribué à écrire l’histoire de l’estampe, avec une sélection d’images qui juxtapose œuvres emblématiques et d’autres moins connues.

Le regard se perd dans les détails de ces estampes aussi belles que fascinantes. Du mouvement d’un kimono aux motifs délicats, aux scènes de vie citadines en passant par les mimiques des acteurs de kabuki, l’imagination s’envole dans le Tokyo de l’époque Edo. Car ces images sont également des témoignages de leur temps, des mœurs, des modes, des paysages et des célébrités. On y croise courtisanes de haut rang et acteurs célèbres sur ces publications largement diffusées qui faisaient office à la fois de magazine de mode et de société.

Les textes accompagnant les œuvres apportent des précisions tant sur le fond (qui est représenté, quelles sont les références…) que sur les techniques utilisées ou le contexte de création. Assortis d’une présentation générale, la lecture des estampes s’enrichit, malgré la complexité des noms des artistes et des acteurs, souvent changeants.

Si le XXème siècle marque la fin de l’estampe, à cause notamment du développement de la photographie et des nouvelles techniques d’impression, le style a su se réinventer. Le pays, rouvert à l’extérieur depuis le milieu du XIXème siècle, s’inspire de l’occident, autant que les artistes européens s’inspirèrent des estampes et de l’artisanat japonais. Tout en conservant son identité, le marché s’est déplacé, l’offre a évolué et les artistes ont modifié leurs thèmes et leurs pratiques.

Si aujourd’hui l’âge d’or de l’estampe est révolu, elle s’est définitivement installée en tant qu’art à part entière, où tradition et modernité cohabitent pour notre plus grand plaisir.

 

Japanese woodblock prints, Andreas Marks
Taschen
www.taschen.com

visuels : 1- couverture / 2- Ohara Koson (Sh?son) © Arthur M. Sackler Gallery, Smithsonian Institution, Washington, D.C.: Robert O. Muller Collection / 3- Utagawa Hiroshige – 32. Seba, vers 1836/37 © Collection of Georges Leskowicz, Paris / 4- Kawase Hasui, Le Pont Shin-?hashi, 1926 © Toledo Museum of Art, Ohio, Gift of Hubert D. Bennett

5X2 places à gagner pour la Générale du Lac Des Cygnes le 23 décembre au Théâtre des Champs-Elysées
J’ai découvert la haine, je sèmerai l’amour : la Cie Personae rencontre Albert Cohen
Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *