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« Hitchcock. La totale » : Une somme sur un réalisateur qui continue de fasciner

« Hitchcock. La totale » : Une somme sur un réalisateur qui continue de fasciner

07 décembre 2021 | PAR Julien Coquet

L’intérêt de Hitchcock. La totale, au-delà de présenter de façon claire et précise l’œuvre du cinéaste, consiste à revenir sur un pan de son cinéma méconnu.

L’exploit est révélé dès la première de couverture : 57 films. Et parmi ceux-ci, nombre de chefs-d’œuvre : Psychose, Sueurs froides, L’Homme qui en savait trop, Les 39 marches… Hitchcock, très tôt, a fasciné et continue d’obnubiler les cinéphiles comme les néophytes. Un sens du suspense implacable, des thèmes récurrents, une mise en scène, etc. constituent tout ce qui fait la pate d’un des réalisateurs les plus influents, souvent copié, rarement égalé (Chabrol, Brian De Palma…).

Pour autant, et les quatre auteurs (Bernard Benoliel, Gilles Esposito, Murielle Joudet et Jean-François Rauger) de le rappeler dès l’introduction, Hitchcock ne s’est jamais reposé sur ses lauriers. Si Hitch est constant dans sa manière d’aborder le suspens et par certains thèmes, la prise de risque existe bel et bien. Pour preuves, le rêve signé Salvador Dali dans La Maison du Docteur Edwardes, une œuvre historique (Les Amants du Capricorne), des trouvailles techniques cinématographiques (Sueurs froides)… Tout fonctionne si bien car Hitch se révèle être un réalisateur perfectionniste, « l’homme qui savait tout », à la manière d’un Kubrick.

Hitchcock mérite donc bien que l’on s’y intéresse, et qu’on lui consacre une nouvelle somme, après notamment les entretiens avec Truffaut ou Alfred Hitchcock. Tous les films chez Taschen, pour n’en citer que deux. « Pourquoi Hitchcock aujourd’hui ? Justement parce qu’il est inépuisable, donc toujours à reprendre. » L’entreprise des quatre auteurs est louable : décortiquer chaque film via une méthode simple. Une fiche technique, un synopsis, la genèse du projet, la distribution, la réalisation, la réception et quelques focus sur « Où est Hitchcock ? » (oui, nous y avons tous joué) ou « Pour les Hitchcock addicts ». A cette étude quasi clinique répondent des articles transverses centrés sur des collaborateurs importants (l’artiste Albert Whitlock, le compositeur Bernard Herrmann, le directeur de la photographie Robert Burks…), des obsessions (les mères, le MacGuffin…), des acteurs (Grace Kelly, James Stewart…).

Pour la version 1956 de L’Homme qui en savait trop, on apprend qu’Hitchcock pense à un remake de son propre film dès 1937, soit trois ans après la sortie de la version anglaise de L’Homme qui en savait trop. Les anecdotes sur l’actrice Doris Day, qui joue la femme de James Stewart et la mère d’un petit garçon enlevé, sont croustillantes. Son contrat stipule que la vie sexuelle de son personnage doit être inexistante, afin de ne pas contrarier son public. Et on est surpris par le fait que la venue de l’actrice au Maroc en 1955 fut pour elle la première occasion de quitter les Etats-Unis.

L’intérêt de Hitchcock. La totale réside dans l’attention portée à l’œuvre de Hitchcock qui se situe normalement dans l’ombre. En effet, les auteurs choisissent d’étudier les 20 films réalisés pour la télévision entre 1955 et 1962, ainsi que les « films de guerre » et les projets non réalisés (comme tout bon réalisateur, Hitchcock a une liste longue comme le bras de projets inaboutis). Le livre remet sous le feu des projecteurs des œuvres bien souvent vues comme de « seconde zone ». Il s’agit là d’inscrire ces petits films dans un grand tout, une œuvre. Pour la série Alfred Hitchcock presents, « un certain nombre de motifs déclinés dans la série, tout particulièrement dans les épisodes réalisés par Hitchcock, relèvent du théâtre familier de la vie conjugale considérée comme un enfer et décrivent une vie banale, hantée pourtant par la culpabilité et la mort ». Grâce à une iconographie très travaillée, Hitchcock. La totale se révèle être une véritable Bible.

Hitchcock. La totale, Bernard Benoliel, Gilles Esposito, Murielle Joudet, Jean-François Rauger, Editions EPA, 752 pages, 29,95 €

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