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Catalogue de l’exposition Paris-Athènes. Naissance de la Grèce moderne 1675-1919

Catalogue de l’exposition Paris-Athènes. Naissance de la Grèce moderne 1675-1919

13 octobre 2021 | PAR Nicolas Villodre

Le magnifique ouvrage richement illustré publié par les éditions du Louvre et Hazan sous la direction de Jean-Luc Martinez réexamine les relations diplomatiques, culturelles et artistiques entre la Grèce et la France « depuis l’ambassade du marquis de Nointel à Constantinople jusqu’à l’exposition indépendante du groupe grec Techne à Paris ».

Influences de la statuaire grecque

Parmi les nombreux sujets traités par les spécialistes réunis dans cet ouvrage, nous en avons retenu deux. Marina Lambraki-Plaka a savamment analysé les rapports entre Rodin, Bourdelle et la sculpture hellène dans sa contribution « Rodin et Bourdelle : à la recherche d’une autre Grèce. » N’eût été, comme le remarque l’ancienne directrice de la  Galerie nationale d’Athènes, « un génie comme Rodin », le XIXe siècle serait aujourd’hui considéré comme celui de la peinture. Elle note que « le dionysiaque et l’apollonien constituent les principaux couples d’oppositions dialectiques de son œuvre (…). Comme les sculpteurs de l’Antiquité, Rodin, refusant l’anecdote, se concentre sur le nu, qu’il érige en symbole de l’essence archétypale du mythe. » Quoiqu’il ne se rendît jamais en Grèce (il fréquenta naturellement le British Museum), Rodin rendit hommage à la Vénus de Milo et écrivit en 1914 : « Non, jamais nul artiste ne surpassera Phidias. Car le progrès existe dans le monde, mais non dans l’art. »

Bourdelle, comme son maître Rodin, ne fit pas le voyage à Athènes. Contrairement à lui, qui refusa de se marier avec sa disciple Camille Claudel, il épousa (en secondes noces) une de ses étudiantes, la jeune Cléopâtre Sévastos, une Grecque issue d’une famille « d’aristocrates remontant à l’époque byzantine ». Dès 1905, le sculpteur défendit l’idée de rapatrier les sculptures du Parthénon, ce qui était alors une  conception extrêmement moderne (partagée par Lord Byron) des rapports entre la France et la Grèce qui prouve, s’il le fallait, son ouverture d’esprit. Selon Marina Lambraki-Plaka, la « grande rupture dans la création du sculpteur se produisit en 1900 avec la tête d’Apollon au combat« . À propos de cette œuvre, l’artiste déclara peu avant sa mort : « M’arrachant de Rodin en 1900, je tentai en même temps la montée au-delà de l’homme, jusqu’au dieu Apollon. » Rappelons enfin son empreint à la Grèce à travers la danse qu’inspirèrent les tanagras et les motifs de vases antiques à Isadora Duncan, une danseus que Bourdelle représenta par le dessin mais aussi en trois dimensions. « Toutes mes muses au théâtre sont des gestes saisis durant l’envol d’Isadora », déclara-t-il en 1913. 

C’est Byzance!

Jannic Durand, dans son article « De « l’art grec du Bas-Empire » à « l’art byzantin » : Byzance et l’art byzantin en France au XIXe siècle » rappelle que la France a « été pionnière dans l’essor des études byzantines ». Néanmoins, l’intérêt porté aux icônes, aux objets et aux vestiges de cet art semble avoir été surtout utilitaire, les inscriptions et les contenus de ceux-ci ayant servi à identifier les souverains représentés, à évaluer et à authentifier les reliques. Pas plus que ces créations, les édifices et les monuments de Constantinople n’ont su retenir l’attention « des érudits et des voyageurs qui se sont rendus en Orient et au Levant. » À l’exception, peut-être, du monastère de Patmos, qui figure dans le Voyage pittoresque de la Grèce (1782) de Choiseul-Gouffier.

Les objets d’art byzantin étaient d’ailleurs qualifiés à l’époque de « grecs du Bas-Empire » ou de « grecs » tout court. L’adjectif « byzantin » commença à s’appliquer à des monuments tels que la basilique de Saint-Marc à Venise « avec ses marbres et ses mosaïques sur fond d’or ». Soit dit en passant, le terme byzantin peut avoir une connotation péjorative. Il recouvre cependant la « partie de la tradition antique » préservée notamment en Russie. Et , en ce sens, on peut dire que l’art byzantin « continue l’art antique ». Les voyageurs et les artistes commencèrent à s’y intéresser sérieusement au XIXe mais il fallut attendre 1900 pour que l’historien Charles Diehl prenne véritablement en considération ce domaine.

Visuel : Corinthe, temple d’Apollon, photo : James Robertson, c. 1855, coll. Musée d’Orsay.

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