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Suzette, tous les âges de l’amour

Suzette, tous les âges de l’amour

17 août 2021 | PAR Laetitia Larralde

Après sa trilogie documentaire L’Odyssée d’Hakim sur le parcours d’un réfugié syrien, Fabien Toulmé change de registre et propose une réflexion sur le couple avec Suzette.

Lors de l’enterrement de son grand-père, une phrase prononcée par Suzette, sa grand-mère, fait vaciller les certitudes de Noémie sur l’image de couple idéal qu’elle a de ses grands-parents. La jeune fille décide de creuser le sujet et Suzette lui avoue qu’elle n’était pas heureuse en ménage avec un mari volage, mais qu’elle gardait le souvenir de son amour pour Francesco, jeune italien rencontré l’été de ses 23 ans. Noémie trouve alors plusieurs pistes et entraîne Suzette dans un road trip de Bordeaux à Portofino dans l’espoir de faire renouer Suzette et Francesco.

Suzette est l’équivalent en bande dessinée d’un roman d’été. Romance, voyage et nostalgie, tous les ingrédients sont là pour une lecture plaisante et légère. Sur cette trame, Fabien Toulmé vient glisser par touches discrètes des sujets comme l’évolution de la conception du couple, le sexisme ordinaire, l’amour à différents âges de la vie ou encore le partage de l’intimité. La différence d’âge entre Suzette et Noémie permet d’établir des comparaisons, sans jamais trancher sur quelle est la meilleure façon de vivre.

A l’époque de Suzette, le mariage avait encore une dimension d’arrangement entre familles, contrairement à aujourd’hui où l’amour dans le couple a globalement pris le dessus sur tout le reste. Se pose alors la question de la pérennité du couple et des efforts que chacun peut consentir à faire pour le maintenir, sans pour autant se perdre soi-même. Le rapport entre l’homme et a femme ayant évolué dans la société, il est naturel qu’au sein du couple ce ne soit plus le même schéma basé sur un patriarcat pesant qui prévale aujourd’hui, et que les femmes se libèrent, jusque dans leur sexualité.

La parole a une grande place dans Suzette. A plusieurs occasions Fabien Toulmé reprend ses personnages qui se laissent aller à du sexisme ordinaire, le plus souvent au détriment des femmes, montrant l’importance du choix des mots de chacun. Les discussions entre Suzette et Noémie mettent en exergue la différence de communication entre les générations, notamment quand il s’agit de partager des détails intimes. Si Suzette n’a jamais parlé de sa vie sexuelle, Noémie ne se prive pas d’éclairer sa grand-mère, au risque de gentiment la choquer.

Fabien Toulmé a mis en place ici une atmosphère paisible et simple, malgré les petites péripéties de la vie de ses héroïnes. Son dessin est très épuré, un trait noir assez géométrique et des camaïeux de bleu et d’orange pour une ambiance estivale. Si le récit souffre de quelques longueurs, surtout au début, avec quelques scènes superflues, la lecture n’en reste pas moins fluide et agréable.

On reste sur la conclusion que le couple n’est pas juste une question d’attraction mais une volonté d’engagement, le tout porté par l’ambiance douce de vacances italiennes. Une parfaite bande dessinée d’été.

Suzette, de Fabien Toulmé
336 pages, 29,95€ – Delcourt

Visuel : © Delcourt – Toulmé

 

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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