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« Cursus fin du monde » de Robin Cousin : l’utopie contre l’apocalypse

« Cursus fin du monde » de Robin Cousin : l’utopie contre l’apocalypse

18 août 2020 | PAR Chloé Hubert

Robin Cousin, avec son nouvel album, Cursus fin du monde aux éditions PLBLB, interroge de manière politique son thème de prédilection, la science, sur fond de crise écologique. Pour remédier à l’Apocalypse, si on faisait un tour à l’université ?

« Les sciences peuvent-elles encore sauver le monde? »

C’est la question que Robin Cousin pose en 2019 à des chercheurs et chercheuses de l’Université de Poitier. Quand on entend « sciences », et lorsqu’on connait le travail de Robin Cousin, on a tendance à penser aux science dites « dures ». On connaît en effet l’intérêt de l’auteur pour les mathématiques (Le chercheur fantôme, FLBLB, 2013), les nouvelles technologies (Le profil de Jean Melville, FLBLB, 2017) ou encore la conquête spatiale (Des milliards de miroirs, FLBLB, 2019), néanmoins toujours traitées avec la méfiance nécessaire. Dans ce dernier album sélectionné au festival d’Angoulême, c’était la découverte d’extraterrestres par l’agence spatiale européenne qui offre une solution pour sauver le monde, au bord de l’effondrement écologique et civilisationnel. Un an plus tard, en 2020, le monde est toujours dans le même – sale – état, mais Robin Cousin, avec Cursus fin du monde, fait entrer les sciences dites « molles » – comprendre les sciences humaines et sociales – dans son travail et ses réflexions pour nous livrer un album d’une grande richesse.

Une lecture riche et stimulante : Latour, Haraway, féminisme et lutte des classes

À la lecture de cet album, on comprend que l’auteur s’est véritablement imprégné des débats qui ont lieu dans les milieux universitaires contemporains. En faisant dialoguer des étudiant.es en biologie avec d’autres en anthropologie ou sociologie, Robin Cousin arrive à aborder simplement des sujets complexes. Tous n’envisagent pas la fin du monde de la même manière (pandémie dû à la fonte des glaces, manque d’oxygène, explosion atomique…), mais la responsabilité du capitalisme dans les dérèglements écologiques fait l’unanimité. Dès lors, que faire ? Une discussion stimulante s’enclenche dans laquelle on prend pleinement part, en acquiesçant à un argument avant de se ranger derrière le suivant tout aussi pertinent.

Beaucoup de choses sont abordées : la science comme production culturelle non neutre selon Bruno Latour, le Chthulucene de Donna Haraway mais aussi les notions de genre de race et de classe, au cœur des réflexions universitaires contemporaines. « Elle s’adresse à qui votre utopie ?! A des jeunes bancs éduqués ?! Si vous ne voulez pas passez pour des bobos inoffensifs, intéressez-vous aux rapports de dominations et aux luttes existantes. Les trois quarts des mouvements écolos passent à côté ». Des petites phrases raisonnent et ouvrirons une brèche, on l’espère, dans l’esprit des lecteurs et lectrices. « Utiliser la science à des fins politiques, c’est toujours foireux. Même pour le féminisme » – « Ce qui est foireux c’est d’opposer tout le temps science et politique ».

Et si l’utopie passait par l’université ?

« En fait, c’est toute l’université qu’il faut reconstruire ». Cet album apparaît surtout comme un plaidoyer pour la recherche universitaire dans toutes les sciences. On reconnait en creux une critique de la libéralisation de la recherche actuellement en cours et qui s’aggravera si le Projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) était adopté à la rentée.

Mais à côté de l’Université, la ZAD, ou même la révolution par système de récompense comme avec les réseaux sociaux (on apprend d’ailleurs que c’est le striatum qui en est responsable dans notre cerveaux) sont évoqués. Car cet album ne tranche pas et offre plutôt une base de réflexion qui sera poursuivit, on l’espère, par ses lecteurs et lectrices une fois le livre refermé.

S’il est politique, c’est aussi un bel album qui se déroule dans la légèreté et la pénombre d’une soirée. Les visages sont joliment bleutés par l’ombre qu’y projettent les éclairages rougeoyants, seule lumière dans la nuit, comme la promesse d’une révolution ?

Robin Cousin, Cursus fin du monde, Editions FLBLB, 88 p. 12 €, sortie le 20 août 2020

Visuel : ©Couverture de l’album Cursus fin du monde de Robin Cousin 

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