BD
« Mes ruptures avec Laura Dean » de Mariko Tamaki et Rosemary Valero-O’Connell

« Mes ruptures avec Laura Dean » de Mariko Tamaki et Rosemary Valero-O’Connell

17 juillet 2020 | PAR Katia Bayer

Entre une robe en dentelle et un pastéis à venir, le sujet du jour est un roman graphique, disponible actuellement en librairie : Mes ruptures avec Laura Dean paru chez l’éditeur Rue de Sèvres, écrit par Mariko Tamaki et illustré par Rosemary Valero-O’Connell. La cover, rose à souhait, met en scène deux personnages : Laura Dean, de dos, et Freddy Riley, de face, agrippée à son cou, l’œil attentif.

Sous la forme d’envois de mails à Anna Vice, une chroniqueuse du cœur, la BD raconte l’histoire sentimentale mais surtout la/les rupture(s) de Freddy avec Laura, sa petite amie, une nana cool, libre, multipliant les histoires au grand jour et dam de celle qui se voit comme son officielle.

Entourée d’une bande d’amis dont se démarque clairement Doodle, sa meilleure amie passionnée de jeux vidéos, Freddy s’intéresse bien peu à l’école et à la fac à venir, conçoit les gens en deux catégories, ceux de son âge et les « vieux » de 18 ans et plus, concentrée et fragilisé qu’elle est par sa relation bancale et inégale avec Laura.

« Mes ruptures » parle de cette période de l’adolescence marquée par les premiers émois, la fidélité, la trahison y compris en amitié et les moments présents. La fête, l’alcool, les selfies, les rumeurs, les drôles de passions (comme dissocier les membres de jouets pour créer de nouveaux personnages), les déceptions à la minute, le flottement généralisé, la bouffe, les nouvelles rencontres, les cœurs brisés, la jalousie, la pauvreté des liens au sein de la famille… : tels sont les nombreux et riches thèmes abordés dans l’ouvrage.

En réalité, même si l’auteur a bien bossé pour se replonger dans ce monde ingrat entre enfance et âge adulte et dans les ruptures merdiques qu’on a tous connues, on est un peu sur sa faim étant finalement plus intéressés par la relation d’amitié entre Freddy et la touchante Doodle que par l’indifférence de Laura, les émotions en cascade de sa copine et la lenteur de plans nécessaires pour arriver à son émancipation. Reste une BD correcte abordant un vrai, un bon sujet : l’homosexualité, l’amour au féminin. Visuellement, l’ouvrage adopte 4 couleurs dans ses pages internes – noir, blanc, gris, rose – et joue avec les cadres. En fait, étonnement par endroits, c’est bien la forme qui nous intéresse le plus : si le dessin est abouti, on est contents de voir ici et là des éléments manquants : un œil, un nez, des bras, des cases aussi. Ces vides sont créatifs, mais ils ne remplacent pas suffisamment la question du fond, du scénario enivrant, ce petit quelque chose de plus qui nous fait pétiller l’œil et tourner les pages avec davantage d’avidité.

Mes ruptures avec Laura Dean, de Mariko Tamaki et Rosemary Valero-O’Connell, Rue de Sèvres, 304 p., sortie le 27 mai 2020, 18 euros.

visuel : couverture de l’album

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