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« Les mains de Ginette », une chorégraphie de la jalousie

« Les mains de Ginette », une chorégraphie de la jalousie

06 juin 2021 | PAR Laetitia Larralde

Olivier Ka et Marion Duclos nous offrent une fable sur la jalousie et ses conséquences avec Les Mains de Ginette, une bande dessinée conçue comme une comédie musicale.

Dans une petite ville du nord de la France appelée Bournaboeuf, en 1962, Marcelin le droguiste rencontre Ginette la nouvelle préposée au bureau de poste. Marcelin, grand spécialiste des gants en cuir ou en caoutchouc pour protéger les mains féminines qu’il adore, tombe immédiatement amoureux des mains de Ginette. D’un amour qui se répand dans toute la ville, on bascule bientôt dans une jalousie maladive et malfaisante. Comment Ginette a-t-elle pu devenir aujourd’hui cette vieille dame aigrie surnommée la Crabe, méchante de conte aux mains difformes ?

Olivier Ka et Marion Duclos nous proposent un conte sur le thème de la jalousie et de la violence conjugale, en prenant le parti de placer l’homme dans le rôle de la victime. On assiste à la montée en puissance de la violence de Ginette, qui insulte, frappe et isole son mari du reste du village, le maintenant dans son emprise par sa fascination pour ses mains. Malgré l’aide que les amis de Marcelin essayent de lui apporter, il agit comme un drogué incapable d’échapper à l’attrait de sa tortionnaire. Le manque d’amour dont Ginette a souffert enfant se perpétue une fois adulte, faisant des ravages dans tout son entourage.

Car si Ginette souffre depuis toute petite à cause d’une mère abusive, elle semble ne pas s’être défaite de son emprise, malgré sa fuite. Elle perpétue la violence maternelle, reconduit le schéma familial, et ni l’amour ni l’amitié ne peuvent y mettre fin. La seule solution possible pour les victimes de l’histoire est la fuite. La jalousie et la haine d’elle-même qu’éprouve Ginette ont fini par tout détruire autour d’elle, la laissant isolée dans son aigreur.

Le dessin de Marion Duclos est léger, coloré et expressif. La dessinatrice nous entraîne dans une grande chorégraphie qui fait penser à West Side Story et l’on tourbillonne dans l’histoire, entre drame et comédie musicale. Le récit est également construit selon ces codes, avec les personnages centraux autour desquels gravitent les chœurs féminins et masculins et une progression crescendo jusqu’au drame final. Les auteurs parviennent à insuffler de la poésie dans un drame ordinaire. Malgré une fin pleine d’amertume et de regrets, Les mains de Ginette est un bel album, qui virevolte au milieu de la violence, comme une lueur d’espoir au milieu de la tragédie.

Les mains de Ginette, d’Olivier Ka et Marion Duclos
104 pages, 16,50€ – Delcourt

Visuels : ©Éditions Delcourt, 2021 – Ka, Duclos

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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