BD

Le Dernier Assaut de Tardi, la Grande Guerre au Mans

Le Dernier Assaut de Tardi, la Grande Guerre au Mans

23 octobre 2017 | PAR Laetitia Larralde

Depuis 2003 le département de la Sarthe organise des expositions et des rencontres à l’Abbaye Royale de l’Epau autour de la bande dessinée. Après des grands noms comme Bilal, Loisel, Bourgeon, Taniguchi ou Schuiten, c’est au tour de Jacques Tardi de venir présenter son œuvre.

Cet évènement est le fruit d’une mobilisation à l’échelle du département des services culturels (archives et bibliothèques) pour promouvoir la bande dessinée comme genre à part entière et sortir de l’exercice imposé de la dédicace en proposant autour d’une exposition tout un programme de rencontres, concerts, ateliers et projections. L’Abbaye Royale de l’Epau offre un cadre magnifique aux différentes manifestations, à seulement quelques minutes de la gare du Mans. L’architecture cistercienne du XIIIème siècle entièrement restaurée s’élève au milieu d’un grand parc, occupé par des expositions photo, et bientôt par de la permaculture destinée à approvisionner l’espace restauration. Aujourd’hui tournée vers la bande dessinée, l’Abbaye accueillera cette saison des festivals de musique classique, de jazz et d’autres expositions photo.

L’exposition Le Dernier assaut est organisée autour de plusieurs albums de Tardi ayant pour thème commun la Première Guerre Mondiale : Adieu Brindavoine, C’était la guerre des tranchées, Putain de guerre et Le Dernier assaut, sorti en 2016. Ce dernier album n’a pas été conçu comme une bande dessinée seule : une bande son l’accompagne, créée par Dominique Grange accompagnée des musiciens d’Accordzéam, et un spectacle mêlant images du Dernier Assaut, chansons et textes.
C’est donc tout naturel que l’on retrouve dans l’exposition de la musique, des documents et objets d’époque  et des projections autour des planches originales de Tardi. La thématique de la grande guerre est traitée autour de quatre points : la guerre mondialisée, la vie à l’arrière et la vie au front, le front et l’assaut et la dénonciation de la guerre. Ici, le but n’est pas d’exposer une chronologie de la guerre, mais de rendre le point de vue que Tardi porte sur les évènements. Ce point de vue est issu de son histoire familiale, des récits faits par son père et sa grand-mère, et d’une question restée sans réponse : son grand-père a-t-il tué ? Il ne parle pas de la guerre d’une façon distanciée mais nous entraine au cœur du conflit en suivant les soldats du front, la chair à canon envoyée se faire tuer pour le bénéfice des gros industriels. On sort de l’image des vieux Poilus engoncés dans leurs uniformes pleins de médailles aux cérémonies du 11 novembre pour tomber au plus noir de l’histoire. Ici ce sont les petits commerçants, les paysans, qui lancent l’assaut aux côtés des régiments des colonies françaises d’Afrique ou d’Asie, des soldats de tout l’empire britannique, des italiens, des russes en pleine révolution… C’est une masse populaire sous les ordres de quelques officiers, rarement représentés dans les albums, qui est le centre de l’attention de Tardi. Comment, pourquoi ont-ils pu tenir, et dans quelles conditions ? Comment rendre l’horreur par une simple image fixe ? Comment donner l’idée de l’odeur des cadavres, des sons, de la peur qui recouvrait tout ? Ce sont des images au ras des tranchées qui reconstituent peu à peu le quotidien des Poilus.

Si aujourd’hui la Première Guerre passe pour être une préoccupation de vieux qui ne parvient pas à intéresser les jeunes comme l’affirme Tardi, c’est que le besoin d’en maintenir la mémoire est urgent. La documentation encore rare commence peu à peu à s’étoffer avec des photos et journaux de soldats retrouvés par leurs descendants, qui brisent le silence des combattants. Ce rôle de transmetteur, de passeur d’images, Tardi se l’est approprié en se basant sur une documentation importante qui lui vaut aujourd’hui une place dans les manuels scolaires. Son travail vient compléter le programme scolaire, qui se place la plupart du temps au niveau de l’histoire collective, par sa façon de traiter le quotidien au niveau individuel. Mais n’allons pas croire qu’il se place dans une démarche passéiste : plus qu’un devoir de mémoire, c’est un devoir d’avenir pour lequel Tardi opte, de rappeler le passé pour prévenir, ne pas reproduire les mêmes erreurs.

Le Dernier Assaut
Du 22 octobre 2017 au 11 mars 2018
Abbaye Royale de l’Epau – route de Changé, 72530 Yvré l’Evêque

La discothèque idéale – l’art du disque, Fnac le vinyle.
Zoom sur Françoise Héritier, anthropologue pour la cause des femmes
Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *