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Le Bel Alex, l’amour et la beauté

Le Bel Alex, l’amour et la beauté

26 septembre 2022 | PAR Laetitia Larralde

Premier album de Julia Reynaud, Le Bel Alex propose une réflexion légère sur les apparences et les inégalités de genre que cela entraîne.

Noah est un étudiant comme on en voit tant : studieux, musicien, un peu esseulé et peu sûr de lui. Le jour où il rencontre Alex, une jeune femme au caractère affirmé et dominant, il tombe aveuglément amoureux. Mais Alex est obsédée par Marley, un mannequin américain dont l’image couvre tous les murs de la ville. Pour tenter de gagner son amour, Noah va alors tout faire pour ressembler à Marley, quitte à s’oublier lui-même.

Julia Reynaud a remporté le prix Raymond Leblanc de la jeune création en 2020, prix international qui aide à la publication d’un album en français pour les jeunes auteurs de 7 à 77 ans. Pour ce premier album, elle nous livre une histoire simple d’amour contrarié, qui pourrait arriver à n’importe qui. Mais elle y apporte un twist, annoncé par le titre, Le Bel Alex, qui met au masculin le personnage féminin d’Alex. De nombreux autres prénoms dans l’album sont mixtes, et le mélange des genres s’étend encore au-delà des prénoms.

En effet, la relation toxique entre Alex et Noah est généralement représentée en inversant les rôles : la femme est dominée par un homme distant, ce qui la pousse à tout faire pour correspondre physiquement aux canons de beauté irréalistes de notre société. Ici, c’est l’homme qui est soumis aux injonctions sociales, poursuivi dans la rue, sur les réseaux et dans le regard des autres par l’idée qu’il n’est pas assez beau pour être aimé. Et si cette obsession de la perfection physique attire l’amour virtuel des réseaux sociaux, elle le coupe de son entourage réel.

C’est dans ce renversement des genres que réside l’intérêt du récit, qui autrement aurait été trop convenu. Voir un homme se ruiner en cosmétiques, faire un régime et du sport, faire attention à ses vêtements et sa coiffure et surtout être attentif au regard que l’on porte sur lui souligne l’absurdité de ces injonctions généralement réservées aux femmes. Cela met également en relief à quel point tout cela est si profondément assimilé que c’en est devenu normal. L’hypersexualisation et l’objectification des êtres sont devenus de simples arguments de vente reposant sur la fragilisation des égos.

Le trait de Julia Raynaud est souple et élégant et la stylisation du dessin vient servir la fluidité du récit. Si la colorisation et la mise en page évoluent dans l’album sans vraiment de lien au récit, de façon parfois un peu gratuite, cela ne perturbe pas pour autant la lecture. Le message du récit est transmis, et ces petites maladresses ne font que souligner la maîtrise dont fait déjà preuve cette jeune autrice. Un premier album prometteur, en somme.

Le Bel Alex, de Julia Reynaud
160 pages, 22€ – Casterman

Visuel : couverture de l’album

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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