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La grande Ourse, un conte dans les étoiles

La grande Ourse, un conte dans les étoiles

18 novembre 2017 | PAR Laetitia Larralde

Sur fond d’une quête initiatique un peu superficielle, La Grande Ourse d’Elsa Bordier et Sanoë entraîne dans un univers graphique fantastique.

Louise est une jeune fille qui vit repliée sur elle-même, entourée de ses fantômes. Et à force de vivre parmi les morts, elle se coupe des vivants. Depuis son enfance elle cherche du réconfort en regardant les étoiles, jusqu’au jour où l’une d’elles apparait sur son balcon pour l’aider à se sortir de sa tristesse. Il s’agit de Phekda, une des étoiles de la constellation de la Grande Ourse, petite créature entre l’enfant et l’oiseau. S’ensuit alors un voyage initiatique entre souvenirs d’enfance et sens de la vie, où l’héroïne va rencontrer une multitude de personnages étonnants tels que le poulpe seigneur de la mer, le renard roi de la forêt, ou le passeur du Styx.

Le thème central est celui du deuil, et comment se défaire de la douleur liée à la perte d’un proche afin de pouvoir retrouver le sourire et évoluer dans sa vie. L’idée est intéressante, mais malheureusement on reste en surface de l’histoire. Louise est un personnage un peu passif, aux émotions éteintes, et on peine à avoir de l’empathie envers elle. Elle se soumet sans réfléchir à tout ce qui lui arrive, et heureusement que la petite étoile vient réveiller l’histoire par sa vivacité et son espièglerie. La galerie de personnages secondaires est pleine de promesses, mais à peine apparus qu’on passe à autre chose, le temps de dire une platitude ou deux. On aurait aimé qu’il y ait peut-être moins de personnages mais avec plus de profondeur, et un lien avec l’intrigue plus marqué, plus en relation avec le propos global des épreuves que Louise doit passer. Au lieu de cela on se demande à quoi sert cette énumération certes inventive mais sans épaisseur. Certains moments où l’héroïne devrait apprendre de son expérience et évoluer restent muets, évoqués de loin, augmentant la frustration du lecteur vis-à-vis d’un récit somme toute très classique. La morale est très convenue, et on aurait aimé plus de subtilité et de profondeur dans le traitement de l’histoire et des dialogues.

La grande découverte de cet album est le dessin de Sanoë, dont c’est ici la première bande dessinée. Entre réel et surnaturel, elle crée un univers inventif et poétique, fourmillant de détails sans pour autant surcharger l’image. Le style emprunte à de multiples univers pour en créer un très personnel. On croise des références à Disney, Ghibli, Peau d’Ane, l’imagerie populaire mexicaine… et le tout se mélange harmonieusement dans de grandes illustrations oniriques. La couleur est également très travaillée, toute en nuances et subtilité. Les dessins apportent un peu de densité au récit, mais malheureusement sans parvenir à combler ses lacunes.

La Grande Ourse est un album hybride entre conte et bande dessinée. Si l’histoire ne satisfera pas le public adulte, les plus jeunes pourraient y trouver leur compte. Au final, cela reste malgré tout un beau livre d’illustration.

La Grande Ourse – Elsa Bordier et Sanoë – Editions Soleil, collection Métamorphoses – paru le 13 septembre 2017
Visuels © Editions Soleil

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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