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Crushing de Sophie Burrows

Crushing de Sophie Burrows

16 mai 2022 | PAR Katia Bayer

Un cœur sur la tranche, un autre sur la cover, d’autres sur un bas de pyjama. Le ton est donné : Crushing de l’anglaise Sophie Burrows s’intéresse à l’amour. Paru en France chez Gallimard BD, ce roman graphique est l’histoire d’une rencontre autour de laquelle se greffent les notions de solitude, d’image et de société.

Le trait de Sophie Burrows, jeune diplômée en illustration à la Cambridge School of Art, est intéressant. On est sur du noir, du blanc, du bleu, du rouge. L’esquisse est claire, les champs et contre-champs sont là, les zooms aussi.

Une silhouette se détache au loin, la focale se rapproche d’elle. Elle n’a pas de nom. Elle a un chat, un pyjama (à coeurs) et un frigo vide. A quelques mètres, il y a lui. Anonyme aussi, il a un chien, un pyjama (à carreaux) et un ventre aussi très vide.

Elle ne se reconnait pas le monde environnement dans lequel l’apparence, les clichés et le sexe en un clic sont omniprésents. Il ne supporte pas les beaufs, se fait malmener par les forts et écume les boulots pourris. Elle panique devant les applis de rencontre si peu romantiques et personnalisées alors qu’elle aimerait aussi aimer et être aimée. Lui se sent bien seul, moqué, à l’écart du monde. Ils se croisent, se perdent de vue, se recroisent…

Ce premier roman graphique parle de choses toutes simples comme se coucher dans l’herbe après avoir couru, sortir de chez soi avec une seule jambe épilée ou hésiter à aller chez le coiffeur avec les cheveux en pétard. L’ouvrage raconte aussi ces moments d’ennui, les grandes solitudes dans la métropole, les vies passées à ne plus faire attention aux détails de son environnement alors que des marques de gentillesse et de soutien se trouvent bien plus près qu’on le croit.

Par petites touches et beaucoup d’humour, Sophie Burrows relate ce quotidien qu’elle observe, se concentre sur ces deux personnages qui se démarquent dans la foule et qui vivent le tout début d’une rencontre amoureuse, celui d’un « nouveau départ » comme le vend une pub que personne ne remarque, synonyme d’espoir et d’élan.

C’est subtil car peu de mots sont utilisés dans ce roman. Le son, les voix, le texte, les prénoms même ne sont pas nécessaires. L’identification se fait par le dessin, les situations, les réactions aussi. L’ouvrage est drôle, doux, délicat, touchant, rapide à lire, avec des vrais moments de poésie. C’est bien de découvrir une nouvelle venue dans le milieu de la BD qu’on verrait bien se lancer dans le cinéma d’animation.

Crushing de Sophie Burrows. Edition Gallimard BD, 160 pages, 20€

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Katia Bayer

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