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Alerte 5, confinement spatial

Alerte 5, confinement spatial

06 juillet 2021 | PAR Laetitia Larralde

Max De Radiguès revient avec Alerte 5, un récit sur la vie dans l’espace et les conditions de vie contraintes. Retour en fiction sur ces derniers mois de confinement.

La fusée Soyouz qui emmenait trois astronautes vers la station internationale explose juste après son décollage, et un groupe terroriste islamiste revendique l’attentat, menaçant tous les programmes spatiaux. Toutes les missions en cours passent alors en niveau d’alerte 5, dont celle d’exploration martienne et la station internationale. Sur Mars, ils sont cinq, et dans l’ISS il n’en reste plus qu’un, qui a refusé de laisser la station vide. Comment vont-ils réussir à supporter un isolement encore plus strict que ce qu’ils connaissaient, face à eux-mêmes et à leurs compagnons ?

Commencé juste avant le premier confinement, Alerte 5 file la métaphore de l’isolement dans l’espace pour évoquer nos différentes réactions au confinement. Certains quittent la mission comme les hordes qui ont fui la ville, et d’autres n’ont pas d’autre choix, par éthique ou par contrainte, que de rester. Sur Mars les astronautes lâchent prise, toutes les tâches quotidiennes ayant été suspendues. Ils se retrouvent dans une parenthèse vécue comme des vacances ou un enfermement insupportable, perdent de vue le sens de ce qui les poussait à agir au jour le jour ou gardent l’esprit focalisé sur les obligations de la vie d’avant.

Les personnages se soutiennent, se disputent, gardent des secrets, se renferment ou inventent ensemble de nouvelles façons de passer les jours. Max De Radiguès nous parle de la pulsion de s’isoler ou de sortir en désobéissant aux ordres, de ce besoin de retrouver l’insouciance d’avant, une parenthèse dans la parenthèse. Il termine en évoquant la situation de sa famille durant cette année dans une postface qui éclaire l’histoire d’un jour nouveau. A-t-il imaginé être seul dans l’ISS quand travailler entre deux jeunes enfants devenait trop compliqué ?

L’album évoque également les problèmes de communication des gouvernements, trop dirigistes ou trop absents, et de la distance ainsi créée. Ses personnages, qui inventent de nouvelles façons de rester en contact, ne sont-ils que des sujets d’une expérimentation qu’ils sont forcés d’ignorer ? Ont-ils une possibilité de quitter cette situation pour autre chose, et à quel prix ? Mais la remise en question de leur mode de vie ne sera positive que pour une minorité, les autres restant attachés à la vie qu’ils connaissent.

Avec son dessin en noir et blanc façon ligne claire, Max De Radiguès nous offre une analyse de l’année juste écoulée avec juste ce qu’il faut de distance, restant dans l’observation, sans jamais tomber dans les excès complotistes ou apocalyptiques. En somme, Alerte 5 est un témoignage de son époque, documentant par la fiction.

Alerte 5, de Max De Radiguès
192 pages, 15€ – Casterman

Visuels : ©Casterman – De Radiguès

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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