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La chair de l’araignée, la délicate question de l’anorexie en BD

La chair de l’araignée, la délicate question de l’anorexie en BD

09 janvier 2011 | PAR Sonia Dechamps

« La chair de l’araignée » d’un sujet on ne peut plus délicat – celui de l’anorexie – réussit à faire une bande dessinée sensible et poétique.

La force de « La chair de l’araignée », c’est de ne pas tomber dans les pièges qu’offre le traitement d’un sujet aussi sensible que celui de l’anorexie. Jamais cette bande dessinée ne semble juger ses personnages ; un jeune homme et une jeune fille qui se rencontrent chez le psy – qu’ils ont en commun de fréquenter – se lient d’amitié et finissent par emménager ensemble. « La chair de l’araignée » ne se fait pas moralisatrice, et si l’origine de l’anorexie des deux personnages est évoquée, elle n’est qu’effleurée ; et surtout renvoie à des expériences tout à fait personnelles qui n’ont rien à voir avec le monde extérieur, avec un certain culte de la minceur qui serait véhiculé par la publicité, la mode, etc. « La chair de l’araignée » est plus fine et sensible, plus juste également, que cela, que ce message souvent mis en avant. Il n’y a pas ici de compassion excessive, mais pas non plus de condamnation ou de mépris, juste une douce observation. Le lecteur est ainsi placé à une juste distance de ces deux jeunes personnes – somme toute en situation de souffrance – par lesquelles il est touché, sans pour autant s’en sentir totalement réellement proche, évitant au récit de tomber dans un certain pathos.

Le sentiment de prise de distance – qui fait la force de cette bande dessinée – est appuyé par les illustrations de Marie Caillou. Le graphisme numérique dont elle fait l’usage permet une perfection du trait qui donne une première impression de froideur ; très vite remplacée par une admiration pour la justesse des sentiments ainsi transmis. Une certaine douceur – due en grande partie aux couleurs choisies – se dégage même finalement des dessins ; une douceur qui ne fait que rendre plus âpres les maux qui touchent les personnages.

Poignante, cette bande dessinée peut provoquer un certain malaise chez le lecteur qui ne sait jamais quelle sera l’issue pour ces deux jeunes gens. Le fantastique s’invite parfois dans le récit, mais toujours avec parcimonie ; suffisamment pour intriguer, mais pas au point d’ôter son réalisme à « La chair de l’araignée ».

De « La chair de l’araignée », il n’y a pas véritablement de leçon à tirer, et c’est bien ce qui – compte tenu de la délicatesse du sujet traité – en fait la beauté.

 

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