Livres

Arrive un vagabond de Robert Goolrick, une histoire d’amour et de cinéma

11 septembre 2012 | PAR Yaël Hirsch

Prix Virgin mégastore de cette rentrée 2012, « Arrive un vagabond » de Robert Goolrick (Anne Carrière) a le charme désuet des grands films hollywoodiens et de l’Amérique profonde. Un livre frot, qui connaît un bouche à oreille dithyrambique et mérité.

Ancien combattant, jeune encore mais homme déjà fait, Charlie Beale cherche un lieu où s’ancrer. Il choisit la ville de Brownsburg en Virginie et convainc le boucher de la ville de le garder auprès de lui. Très vite, il devient indispensable au boucher, à son jeune fils, Sam qu’il emmène partout avec lui et à l’ensemble de la population à laquelle il assure la viande la plus tendre qui soit car il sait abattre les animaux de manière à ce qu’ils n’aient pas peur et que rien ne vienne altérer leur chair au moment de l’exécution. Il sait aussi l’air subtil de faire vieillir la viande. Économe, solitaire, Charlie Beale a deux désirs : acheter petit à petit pas mal de terre et s’offrir un chien. Mais une rencontre inattendue vient bouleverser sa vie sage et économe. Sylvan, la toute jeune épouse de l’homme le plus riche et gras du village, Boaty Glass l’obsède. Achetée par son mari comme un objet quand elle avait 16 ans et lui 48, Sylvan n’a qu’une passion dans la vie : ressembler aux stars de Hollywood en plein âge d’or. Elle est aidée dans cette tâche ardue par sa seule amie, la femme noire la plus indépendante de la ville et la plus douée pour confectionner robes glamours et accessoires comme dans les films noirs, Claudie. Bientôt, Sylvan et Charlie deviennent amant, avec la complicité du jeune Sam. Mais il est bien difficile de cacher une liaison dans une petite ville de Virginie…

Puissante histoire d’amour au parfum capiteux de la viande que le mystérieux héros du livre découpe avec amour, « Arrive un vagabond » reprend, juste après la Seconde Guerre mondiale le mythe intarissable de l’étranger qui arrive et qu’un petit village adopte, mais jamais totalement. Une autopsie surannée et inoubliable d’un bled de Virginie où les gens sont toujours très croyants, encore ouvertement racistes mais prêts à adopter un magicien venu de nulle part. Le geste durable de cette Chronique d’un drame annoncé est de saisir d’un même geste la passion à vif et le climat bien particulier d’une petite ville de Virginie dont les habitants ont à la fois des aspirations étriquées et, pour la plupart, des grandes âmes naïves et belles. A lire, recommander et offrir, sans modération.

Robert Goolrick, « Arrive un vagabond« , Anne Carrière, 320 p., 21.50 euros. Sortie le 23 août 2012.

« Peut-être était-ce parce que Charlie n’était pas un homme au physique imposant; peut-être avait-il besoin de cette armure que procure la terre. Ou bien il manquait depuis trop longtemps d’un endroit ou vivre, auquel il se sente appartenir. Et puis, elle était belle, la terre de cette vallée de Virginie, et Charlie avait faim de beau. » p. 115.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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