Livres
Albertine disparue de Marcel Proust, réédition d’une descente aux enfers…

Albertine disparue de Marcel Proust, réédition d’une descente aux enfers…

24 juin 2013 | PAR Le Barbu

Mise en page 1

Découvertes en 1986, les modifications décisives au manuscrit d’Albertine Disparue de Marcel Proust forment le texte publié dans Les Cahiers Rouges par les éditions Grasset au printemps 2013. Ce nouvel état du texte, établi par l’auteur quelques semaines avant sa mort en novembre 1922, a remis en question les choix éditoriaux. Publié en 1987 par Nathalie Mauriac, qui a préfacé cette réédition, et Etienne Wolf, ce texte a nourri de nombreux débats et a ouvert la voie à de nouvelles éditions.

C’est au cours de l’été et de l’automne 1922 que Marcel Proust apporta des modifications au manuscrit d’Albertine disparue. Personne, à ce jour, ne pouvait cependant en mesurer l’importance, car ce texte s’était, croyait-on, à jamais perdu. Il a fallu qu’un providentiel concours de circonstances permette d’en découvrir la version ici publiée.
Proust lui-même souhaitait que la dernière version de son Albertine disparue fût plus brève, plus dense que celle dont on disposait jusqu’à présent. En 1925, son frère, le chirurgien Robert Proust, n’avait pas voulu éditer cette « vraie » Albertine disparue. Cette édition, l’ultime forme du chef-d’oeuvre, a été établie par Nathalie Mauriac, arrière-petite-fille de Robert Proust, avec la collaboration d’Etienne Wolff.

Cette édition originale de la dernière version revue par l’auteur est composée de deux chapitres. Dans le premier chapitre le narrateur expose le débat intérieur qu’entraine la fuite d’Albertine, puis la tourmente de l’annonce de sa mort accidentelle.

Pour me consoler, ce n’est pas une, c’est d’innombrables Albertine que j’aurais dû oublier. Quand j’étais arrivé à supporter le chagrin d’avoir perdu celle-ci, c’était à recommencer avec une autre, avec cent autres.

Le second chapitre relate un voyage à Venise qui occupe sensiblement moins de pages que dans les éditions fondées sur le texte publié en 1925.

J’y goûtais des impressions analogues à celles que j’avais si souvent ressenties autrefois à Combray […]Venise où la vie quotidienne n’était pas moins réelle qu’à Combray […] Ma gondole suivait les petits canaux ; comme la main mystérieuse d’un génie qui m’aurait conduit dans les détours de cette ville d’Orient […]Venise où les simples alllées et venues mondaines prennent en même temps la forme et le charme d’une visite à un musée et d’une bordée en mer […] Ce bassin de l’arsenal à la fois insignifiant et lointain me remplissait de ce mélange de dégoût et d’effroi que j’avais éprouvé tout enfant […] aux bains Deligny ; en effet dans le site fantastique composé par une eau sombre que ne couvrait pas le ciel ni le soleil […] je m’étais demandé si ces profondeurs […] n’étaient pas l’entrée des mers glaciales qui commençaient là, si les pôles n’y étaient pas compris et si cet étroit espace n’était pas précisément la mer libre du pôle ; cette Venise irréelle sans sympathie pour moi […] ne me semblait pas moins isolée, moins irréelle, et c’était ma détresse que le chant de Sole mio, s’élevant comme une déploration de la Venise que j’avais connue, semblait prendre à témoin…

Cette mise en perspective est plus globale. L’essentiel repose sur l’absence presque totale de référence au souvenir d’Albertine, alors que Venise y occupe une place de premier plan, tout en ménageant l’effet de surprise à venir aux ultimes pages de l’oeuvre. Au terme de ce qui s’apparente à une descente aux enfers, le narrateur est prêt à reprendre son chemin, seul. Albertine avait disparue.

Albertine disparue de Marcel Proust

Les Cahiers Rouges, Grasset, Paru le : 02/05/2013.

COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE

  • « Albertine disparue » (À la recherche du temps perdu, VII) 2 vol., Paris : Ed. de la Nouvelle revue française, 1925
  • « La fugitive » in À la recherche du temps perdu, tome 3, texte établi et présenté par Pierre Clarac et André Ferré, Paris : Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 1954
  • « Albertine disparue » in À la recherche du temps perdu, tome 4, éd. sous la dir. de Jean-Yves Tadié, Paris : Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 1989
  • « Albertine disparue » éd. par Anne Chevalier, Paris : Gallimard (Folio, 2139), 1990
  • « Albertine disparue » éd. par Jean Milly, Paris : Honoré Champion, 1992
  • « La fugitive, Cahiers d’Albertine disparue » éd. par Nathalie Mauriac Dyer, Paris : Librairie

Gagnez 5×2 places pour Ini Avan – Celui qui revient d’ASoka Handagama le 06/07 au Festival Paris Cinéma
Super Nanny, le retour, prévu à l’automne sur M6
Le Barbu
Le Barbu voit le jour à Avignon. Après une formation d'historien-épigraphiste il devient professeur d'histoire-géogaphie. Parallèlement il professionnalise sa passion pour la musique. Il est dj-producteur-organisateur et résident permanent du Batofar et de l'Alimentation Générale. Issu de la culture "Block Party Afro Américaine", Le Barbu, sous le pseudo de Mosca Verde, a retourné les dancefloors de nombreuses salles parisiennes, ainsi qu'en France et en Europe. Il est un des spécialistes français du Moombahton et de Globalbass. Actuellement il travaille sur un projet rock-folk avec sa compagne, et poursuit quelques travaux d'écriture. Il a rejoint la rédaction de TLC à l'automne 2012 en tant que chroniqueur musique-société-littérature.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Soutenez Toute La Culture