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« Dans le rouge », plongeon dans le côté obscur eigthies

26 août 2009 | PAR Charlotte

Thierry Mattei , jusqu’alors connu en tant que journaliste et photographe, endosse cette rentrée la casquette d’auteur pour le plus grand plaisir des amateurs de sensations fortes avec « Dans le Rouge ». Faisant fi de politesses inutiles, le narrateur anonyme se retrouve dès le début confronté à une macabre découverte : le cadavre d’un de ses compagnons de défonce abandonné dans une cage d’escalier. Dans le même temps, il perd la trace de Julie, son amour de toujours et se retrouve plongé au milieu d’un carnage surréaliste dont il échappera de justesse, sauvé par une vieille connaissance, « The strange » évoquant Mickey Rourke, alias Marv de Sin city. Il renverse alors « L’Homme en noir » qui semble avoir des nouvelles de Julie…punks460

Le titre du roman prend dès le départ une consistance évidente. Rien à voir avec les pompiers, « Dans le rouge » rappelle plutôt les pérégrinations du malheureux Paul Hackett, dans le renversant « Afterhours » de Scorsese où un employé de banque désireux de rentrer chez lui se retrouve par un absurde hasard accusé de meurtre et pourchassé par une horde d’habitants assoiffés de vengeance.

Errant entre aujourd’hui et les années 80, le narrateur se retrouve embarqué  dans un trip criminel décoiffant, jalonné de scènes de poursuite spectaculaires et d’affrontements qui n’auraient pas déplu à JP Manchette, autorité incontestée en matière de polar. Incursion brutale dans les Eighties. Explosion Punk. Paris is burning. L’équation est simple : iroquois + rangers + perfecto. La France s’ennuie sec, les bandes rivales se retrouvent aux Halles et se mettent méchamment dessus au rythme des Pistols et de Métal Urbain. Et pour meubler, on se shoote, copieusement, seringues, ecstasy et white spirit abattent les portes de la perception. Le 17ème est peuplé de toxicos en manque. Matteï décrit d’ailleurs ces rituels sans concessions, rappelant la toxicomanie sordide et la précision clinique du Burroughs de « Junky ».

Matteï jongle entre ces deux récits avec une habileté confondante, sans jamais se perdre ni perdre le lecteur, créant d’ailleurs une incroyable variété de situations et conférant au récit une cohérence inattaquable.
Mais c’est au niveau du style surtout que l’auteur se surpasse ; une plume épileptique, des hurlements, des aboiements, une rage de dire façon Céline (que l’auteur cite d’ailleurs comme référence à plusieurs reprises). Ici les phrases ne font pas quatre lignes mais peuvent atteindre trois pages, exit les points, place aux virgules, aux points d’exclamations et à tout ce qui peut donner au récit cette formidable musicalité. Ce premier roman se lit d’ailleurs comme on écoute une chanson des Buzzcocks ou de Richard Hell, « Blank Generation » constituant à ce titre un accompagnement sonore parfait. Ne pas hésiter à y rajouter quelques notes de Stooges et de Joy Division. On en a les oreilles qui saignent.

« Dans le rouge » révèle une puissante force d’évocation, grâce à son rythme endiablé et à la précision des descriptions où les sensations deviennent quasi épidermiques assurant au lecteur l’impression d’être acteur de chaque scène, une adaptation au cinéma semble d’ailleurs inéluctable.

« Dans le rouge », de Thierry Matteï , sortie août 2009 édition Lattès.

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Charlotte

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