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« Beauté fatale » : un plaidoyer contre la tyrannie du look

« Beauté fatale » : un plaidoyer contre la tyrannie du look

08 mars 2012 | PAR La Rédaction

L’aliénation féminine s’est refaite une santé, selon Mona Chollet. Journaliste au Monde Diplomatique et essayiste, elle anime aussi le site « Périphéries ». « Beauté fatale » est son cinquième livre.

Hypersexualisation des petites filles, anorexie, clichés véhiculés par les médias et une recherche incommensurable de perfection, le matraquage arrive de tous les côtés. Mona Chollet livre ici une analyse fine des nouveaux visages de l’aliénation féminine, passant au crible discours publicitaires, presse féminine, blogs, séries télévisées, témoignages de mannequins et enquêtes sociologiques. A l’heure où la libération de la femme semble une évidence, elle lève le voile sur les conséquences néfastes du culte de la beauté, qui véhicule une image très stéréotypée de la féminité. Ces nouvelles formes d’aliénation ne sont-elles que le spectre de vieux démons que l’on croyait vaincus ? Ou de nouveaux maux nés avec le 21e siècle ? Décryptage.

Qu’est-ce que (doit être) la femme d’aujourd’hui ? Une femme épanouie, qui ne se néglige jamais, active professionnellement mais bonne ménagère, indépendante mais pas trop, sexy mais dotée d’un instinct maternel. En un mot, la perfection.

Mais si la presse féminine regorge de clichés, le féminisme n’en est pas dépourvu. L’auteur le dit elle-même : dès que l’on aborde le sujet de l’apparence, on redoute immédiatement les discours redondants de « la féministe américaine, char d’assaut monté sur des baskets – pointure 44 – qui exhibe ses poils aux jambes (…) et vous intente un procès pour viol dès que vous la regardez dans les yeux sans son consentement explicite. »

Mona Chollet contourne intelligemment ce type d’analyse simpliste. On ne combat pas un cliché en le remplaçant par un autre, aussi féministe soit-il. Ce livre n’est donc pas une attaque pure et simple contre la mode et la beauté. « Le problème n’est évidemment pas qu’une femme puisse être envisagée comme un objet sexuel par des hommes qui, par ailleurs, la voient comme une personne globale, dotée d’un libre arbitre. Le problème est qu’elle existe socialement comme un objet sexuel. » En d’autres termes, qu’on la réduise à un état de frivolité qui ne prend du plaisir que dans le shopping.

Les coupables ? Ils sont multiples. Si le marketing identifie et exploite des tendances sociétales dans un but lucratif, il n’est pas seul sur le banc des accusés. Les médias tendent à véhiculer une vision de la féminité trop conformiste. « Personne ne peut vivre sous l’inondation de cette lumière crue (…) Elle impose au corps humain des exigences qu’il n’est pas fait pour remplir. »

Autrement dit, les exigences qui pèsent sur le physique féminin ont dépassé l’entendement et sont devenues anxiogènes. L’aliénation est bel et bien là : au lieu d’apprendre à vivre avec son corps, il vaut mieux gommer ses défauts à coups de Photoshop et de bistouri.

Le livre de Mona Chollet est un avertissement : la presse féminine a ses dérives mais a un rôle crucial à jouer. Elle répond à un besoin profond et adresse des questions qui sont inexistantes dans la presse généraliste. Si le changement devait s’amorcer quelque part, ce serait là, dans les pages de la presse féminine.

« Beauté fatale : les nouveaux visages d’une aliénation féminine », Mona Chollet, Editions La Découverte, 18 euros.

Photo : copyright Guillaume Barou

Rebecca Benhamou

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