Livres

« Aral » de Cécile Ladjali, Chronique d’une mer qui disparaît

06 avril 2012 | PAR La Rédaction

D’origine iranienne, Cécile Ladjali vit à Paris et enseigne la littérature à la Sorbonne Nouvelle et dans le secondaire, auprès de lycéens sourds. « Aral » est son septième roman publié chez Actes Sud. « Aral » est une histoire d’alchimie entre l’homme et la mer, entre un jeune violoncelliste sourd et la mer d’Aral qui se vide comme une baignoire. Une histoire où la mer est à la fois source de vie et porteuse de mort.

Nadezhda, Kazakhstan, années 80. L’omniprésence malsaine de sel et de sable fait de cette petite ville kazakh un paysage lunaire. Cette catastrophe écologique est le résultat de l’action du gouvernement russe qui, dans les années 60, a détourné les fleuves Syr-Daria et Amou-Daria pour intensifier l’irrigation des champs de coton. Sur l’île de Vozrozhdeniya, on apprend que des armes bactériologiques sont fabriquées dans des usines russes et qu’elles polluent les eaux. La mer est condamnée, les hommes aussi.

Alexeï, violoncelliste virtuose et sourd depuis l’âge de 10 ans, et sa femme Zena, tentent de survivre dans cet environnement qui se donne des airs de fin du monde. Mais au fur et à mesure que la mer se retire, Nadezhda et ses habitants plongent dans l’abîme. L’eau empoisonne les hommes et véhicule la mort par les nappes phréatiques. Un climat glacial pèse sur la ville et le givre pénètre jusque dans les maisons et les cœurs.

Alexeï utilise sa surdité pour mieux s’isoler de ce chaos. Et de son handicap, il fait sa force : une source de puissance, de différence qu’il se plaît à cultiver, de fierté même. « Ouïr, c’est obéir, adhérer à un commandement. Je n’entends pas donc je n’obéis pas. Je fais ce que je veux de moi et des autres. » Trouvant refuge derrière les remparts de son art, il choisit « le mode d’expression qui annulera sa douleur » et fait abstraction du reste. Jusqu’à ce qu’il fasse le vide autour de lui, que sa femme le quitte, qu’il se fourvoie dans ses amitiés et ses choix artistiques.

Face à sa déchéance, la mer est spectatrice. Elle est un narrateur de l’ombre, ce regard omniscient qui scrute de loin la déliquescence du paysage et de ses habitants, de cette ville peuplée « d’impotents, de marginaux, de dépressifs, de drogués. » Mais un jour, suite à un tour de passe-passe du gouvernement russe, la mer d’Aral fait son grand retour et la vie revient s’installer modestement sur les rives de Nadezhda. Alexeï va-t-il redevenir l’homme qu’il était avant la catastrophe ? L’Aral aura-t-elle raison de lui ?

Le livre de Cécile Ladjali parle de surdité et c’est pourtant un plaisir pour les sens. Ses descriptions, sans emphase, ont la science du mot juste. Son amour du verbe est palpable. Mais de ce récit où la nature a le dernier mot, il se dégage aussi un profond optimisme, une foi en l’homme et en l’amour.

Rebecca Benhamou.

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