Cinema

Women without men de Shirin Neshat ou la poésie esthétisante du désespoir

Women without men de Shirin Neshat ou la poésie esthétisante du désespoir

07 mars 2011 | PAR Coline Crance

Women without Men est un premier film de la cinéaste iranienne Shirin Neshat adapté de la nouvelle au titre éponyme de Shahrnush Parsipur. Récompensé par le Lion d’argent de la meilleure réalisation à la Mostra de Venise en 2010, il dépeint quatre destins de femmes lors des troubles de 1953 en Iran.

 

Téhéran 1953, dans un climat de troubles politiques et sociaux, sur fond de coup d’état, quatre femmes iraniennes issues de classes sociales et d’âges différents se trouvent réunies pour plusieurs jours… Chacune, alors que l’agitation prend de l’ampleur dans les rues de Téhéran, va tenter de se libérer de son tourment , au moment où l’histoire de leur pays prend un tournant tragique …

Shirin Neshat place son action dans le passé colonialisme de 1953. Jouant avec une palette de couleur saturée, elle recrée ses rues et ses manifestations d’une manière toujours distante et parabolique, dénonçant les massacres sans jamais montrer la mort.

Follement poétique, versant parfois dans le fantastique, ce film mérite d’être vu pour son quatuor d’actrices. Chaque cadrage est maîtrisé au millimètre près. Et Shirin Neshat rappelle bien qu’elle est avant tout une photographe et une vidéaste de renom. Le souci du détail et des symboles est omniprésent. Plus qu’un corps, c’est un tchador qui tombe sur le pavé. Les radios informent de leur voix criardes. Les brèves scènes de manifestations rythment le film telles des images d’archives. Les quatre femmes sont l’allégorie d’un pays qui connaît ses dernières heures de démocratie.

Déjà deux mondes se forment, celui de la ville et de l’engagement politique puis celui du Jardin, lieu de l’exil, du refuge ou de la transcendance spirituelle, thèmes récurrents dans la poésie irannienne de Rumi ou Omar Khayyam. Fantomatique et féérique, Women without men revendique une vraie force symbolique et esthétique s’ancrant au cœur de la tradition classique de la littérature mystique perse. Au-delà des mots et des morts, en dehors des interprétations, la caméra de Shirin Neshat se veut transcendantale, laissant aux pessimistes ou aux optimistes le dur choix de leur vision d’un pays en danger…

Mais ce film malheureusement par son parti pris si esthétisant et symbolique, se heurte sur le propre récif de ses quatre malheureuses naufragées. Les illusions partent en fumée. Le cri certes se fait désespéré, mais le spectateur est rejeté en dehors d’un film noyé sous son symbolisme et son esthétisme trop criant. Il devient alors le réceptacle pêle-mêle de ce qu’il dépeint…

Women without men film iranien de Shirin Neshat. Avec Pegah Ferydoni, Arita Shahrzad, Shabnam Tolouei, Orsi Toth. Durée : 1h40. Sortie en salle : le 13 Avril 2011


Women without men

 

 

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