Cinema

Vous ne l’emporterez pas avec vous, Capra plus fort que Wall Street 2 !

20 septembre 2010 | PAR Olivia Leboyer

Wall Street 2 déferle mercredi sur un grand nombre d’écrans. A l’Action Ecoles, il est possible d’entendre parler d’argent et de crise sur un ton léger, intelligent et percutant. Vous ne l’emporterez pas avec vous est un Capra, avec tout ce que cela suppose d’idéalisme, de bons sentiments mais aussi de vraie folie et d’ironie. Un grand film (Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur en 1938), qui reste très moderne. Reprise, depuis le 15 septembre.

Tout comme les deux Wall Street, on part de la banque, lieu névralgique où se concentrent les convoitises des puissants. Le Mr. Gekko de Frank Capra se nomme Anthony P. Kirby (Edward Arnold, visqueux à souhait en magnat de l’armement sans scrupules) et ne vit que pour ruiner les autres. Son dernier coup ? Racheter tout un pâté de maisons, et construire à grande échelle. Dans l’une de ces maisons, précisément, habite la famille Sycamore. Aussi tordus que l’arbre du même nom, les membres de cette sympathique tribu vivent ensemble, toutes générations confondues. Le grand-père, les parents, les enfants (et leurs conjoints), les domestiques (traités en égaux), plus tous les farfelus qui sont passés un jour dans le coin et ont, fatalement, ressenti l’envie de rester. Car les Sycamore ne pensent qu’à rire, à se distraire, s’enthousiasmant pour tous les hobbys les plus enfantins. Danser, confectionner des feux d’artifice ou des masques de carnaval, peindre, jouer du xylophone ou au football, voilà ce qui les intéresse réellement dans la vie. Est-ce réaliste ? Oui, bien sûr, il suffit de voir les choses sous un jour amusant, sans tout prendre au sérieux. Raconté sommairement, le film pourrait paraître manichéen (les gentils fantaisistes contre les riches méchants), mais il n’en est rien. La naïveté, chez Capra, est parfaitement assumée et doublée d’une intelligence très fine. Ainsi, au fil de dialogues joyeusement décousus, il est question des dangers de l’américanisme (assimilé au vaudouisme !) à outrance, de l’impôt sur le revenu (« Je n’y crois pas » déclare le grand-père Sycamore, dont l’imagination parvient à repousser jusqu’à l’absurde les limites du monde réel), du chômage, des cours de la Bourse.
Les Sycamore existent bel et bien, ils poussent leurs branches dans tous les sens, sans se soucier des contraintes. Mais ils ne sont pas totalement coupés de la société. Ainsi, le grand-père (Lionel Barrymore, un acteur merveilleux, que l’on a malheureusement un peu oublié aujourd’hui ; c’est le grand-oncle de Drew Barrymore : il a d’ailleurs les mêmes yeux !) est en fait un expert en collections de timbres. C’est lui qui pourvoit aux besoins de la famille (les autres sont restés trop enfants !). Lui et l’une de ses petites-filles, Alice (Jean Arthur), qui exerce l’ennuyeuse profession de secrétaire, justement dans la banque Kirby. Elle ne s’y ennuie pas bien longtemps, puisqu’elle tombe amoureuse du fils Kirby (James Stewart, très bien, comme à son habitude). Fils de famille, pourri gâté, Tony Kirby n’a qu’à hurler (au sens propre !) pour obtenir ce qu’il veut de ses parents. Vaguement écœuré par le snobisme des Kirby, Tony est d’emblée fasciné par la pure folie qui règne chez les Sycamore. La rencontre entre les deux familles est, bien sûr, explosive.
Grâce à ce tourbillon d’extravagances, poussé jusqu’à l’extrême (le film est aussi réussi, par moments, qu’Arsenic et vieilles dentelles), Vous ne l’emporterez pas avec vous (You can’t take it with you. So what good is it ?) est une brillante parabole sur le rapport à l’argent et aux autres, merveilleusement loufoque. Assurément, moins lourd qu’Oliver Stone.

Vous ne l’emporterez pas avec vous, de Frank Capra (You can’t take it with you, USA, 1938), avec Jean Arthur, Lionel Barrymore, James Stewart, Edward Arnold. Reprise, à l’Action Ecole, à partir du 15 septembre.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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