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Vote off: abstentionnisme et politique, la jeunesse algérienne passée au rayon X

Vote off: abstentionnisme et politique, la jeunesse algérienne passée au rayon X

05 juillet 2018 | PAR Donia Ismail

Un mois d’avril 2014 au coeur d’Alger la Blanche, c’est ce qu’a décidé de filmer Fayçal Hammoum. Mais ce n’est pas n’importe quel mois qui se défile sous nos yeux. Dans quelques jours, des millions d’Algériens devront voter pour une élection présidentielle…

 

Des ouvriers sont posés devant la caméra et participent à un grand chantier. Ils font des trous, déblayent. Deux d’entre eux disparaissent du cadre pour apporter des panneaux d’un blanc immaculé, et les déposent dans les trous précédemment formés. Si la tâche paraît interminable, le réalisateur Fayçal Hammoum met en exergue, et ce depuis les premières secondes de son film documentaire, le thème de Vote off: les élections présidentielles algériennes de 2014 ou plutôt l’abstentionnisme qui s’annonce record.

Un chantier dans lequel l’Algérie s’apprête à s’effondrer. D’ailleurs, le film se clôt sur un panorama où est en train d’être construit la future plus grande mosquée d’Afrique. Sans s’en rendre compte, le réalisateur fustige l’univers dans lequel il évolue et met en avant une Algérie qui préfère parier sur l’ostentatoire que de modeler le futur de sa jeunesse perdue. C’est cette jeunesse-là qui est au coeur de ce long-métrage, ces trentenaires désabusés qui voient en l’élection une nouvelle manière de prendre le peuple en otage, de le tourner en ridicule.

Une jeunesse désabusée

Dans Vote off, Fayçal Hammoum, lui-même confronté à cette problématique du vote (à 32 ans, il n’avait jamais participé à aucune élection), propose un patchwork cinématographique sur des trentenaires abstentionnistes qui n’attendent plus rien de la politique, et surtout de leurs dirigeants fantômes. Celui à sa tête, Abdelaziz Bouteflika, président depuis 1999 et qui se lance dans sa 4ème campagne, est absent. Les seuls reflets de sa présence résident dans les photos accrochées à travers Alger la Blanche. Chose inhabituelle, c’est son Premier ministre de l’époque qui fait sa campagne.
Ainsi, il analyse de façon qui radioscopique cette tranche de la population algérienne en proie à des doutes. Il matérialise le doute de cette jeunesse ayant vécu avec les pensées indépendantistes de leurs parents, les espoirs démocratiques de la révolution de 1988, et la frayeur des années de Guerre civile. Ceux qui n’étaient alors que des chiffres dans une foule, ont un prénom à présent, un quotidien, des engagements. On y voit un épicier, un présentateur de JT anticonformiste qui laisse échapper un cri de rage lors d’une interview, une rédaction dans la furie des élections qui s’apprête à couvrir ses premières élections présidentielles, des rappeurs qui à la fois fument la vie et leur désespoir.
On y voit l’ennui, la passion de la musique, l’abondance de webradios, les problèmes de connexion incessants et les voitures par milliers… En un coup de caméra, Hammoum met en lumière une contradiction criarde. On a tout et rien à la fois. Ils subissent l’absence de plein de choses. 

Plus qu’un portrait poétique des abstentionnistes d’Alger la Blanche, Fayçal Hammoum capte des moments de vies, anodin, mais si doux à la fois. On y voit alors des amis au café du coin, discutant de la vie, des jeunes en bas d’un immeuble. Mais tout ramène à une seule chose: les élections. Un homme lance à son ami: vas-tu voter? L’autre rétorque: à quoi bon? Les dés sont jetés. Et sans grande surprise, le vainqueur reste (toujours) le même. Alors on nous montre la résilience d’une population, sa force de caractère. L’un s’écrit alors: « Qu’ils nous laissent juste vivre ».

En projection durant le festival des cinémas arabes à l’Institut du monde arabe.

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Donia Ismail

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