Cinema

Une nuit estompée avec Sous les étoiles de Paris de Claus Drexler

Une nuit estompée avec Sous les étoiles de Paris de Claus Drexler

31 mars 2020 | PAR Zoé David Rigot

Après avoir réalisé le film Affaire de famille, comédie au casting prestigieux (André Dussolier, Miou-Miou, Eric Caravaca, Hande Kodja, Julien Courbey…) en 2008, Claus Drexler avait prit un virage radical en se concentrant sur la situation des sans-abri à Paris avec le documentaire Au bord du monde (2014), qui avait été nommé à l’Acid de Cannes. On y rencontrait les gens de la rue, qui témoignaient tour à tour en parlant du monde, de la vie, ou de leur situation. Avec Sous les étoiles de Paris, Drexler s’empare d’une fiction – on peut y retrouver les plans sur la Seine tournés la nuit, la neige tombant sur les pavés sous la lumière jaune des réverbères, ainsi qu’une musique classique (composée par Valentin Hadjadj) qui rend la ville solennelle et majestueuse.

Christine est seule nuit et jour, elle évite de communiquer, si ce n’est avec les oiseaux pour lesquels elle siffle. Comme une ermite, elle semble presque avoir perdu l’usage de sa parole dans la solitude. Elle déambule, oubliée dans le temps, abandonnée à la ville. Le début du film nous emporte dans son quotidien froid dans lequel elle a ses repères et ses habitudes… mais par une nuit qui semble venir tout droit d’un conte, un jeune enfant burkanabé ouvre les grilles qui mènent à son refuge sous le pont. Elle décide de le chasser, puis après quelques hésitations, elle l’accueille pour cette nuit enneigée. Au matin, elle se rend compte que le petit garçon a perdu sa mère, qu’il est seul et sans aucun moyen. Ensemble, il vont donc partir à sa recherche, s’encourager et se réconforter, se débrouiller, puis apprendre à s’apprivoiser.

Drexler reprend donc le leitmotiv des sans-abri à Paris, un sujet dont peu de réalisateurs s’emparent et qui, pourtant, court les rues. Avec délicatesse, il parvient en plus à engager une conversation en joignant deux problématiques réelles : celle des sans-abri français, et celle des sans-abri réfugiés.

Le film ne s’attarde pas sur le passé des personnages, il les prend comme ils sont au moment de la rencontre, chacun étonné de l’un et l’autre – choix du réaliste très appréciable, car on ne tombe pas dans un tragico-dramatique un peu fleur bleue, qui ne chercherait qu’à attendrir le spectateur. C’est donc avec simplicité que Drexler s’empare du sujet : on peut voir l’hésitation de certains acteurs (non professionnels), et le déroulement de l’histoire sans grandes surprises.

Ce film aurait pu être insoutenable et terriblement triste  – peut-être trop dur, si trop réaliste – se révèle finalement plutôt tendre et léger, porté par la performance de Catherine Frot (Christine) qui glisse un humour sensible ici et là aux côtés du jeune garçon (Mahamadou Yaffa). Cette simplicité permet d’aborder des sujets difficiles et de les rendre accessibles.

Avec Sous les étoiles de Paris, le spectateur part à la rencontre des gens des rues comme dans un conte un peu romancé, sans trop approfondir, et suit leurs pas à travers le Paris qu’il ne connait pas même s’il le voit pourtant tous les jours.

 

 

 

Le film sera en salle le 8 avril 2020.

 

Visuel : Affiche du film.

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Zoé David Rigot

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