Cinema

Une histoire d’amour de Hélène Fillières, planète éloignée

Une histoire d’amour de Hélène Fillières, planète éloignée

06 janvier 2013 | PAR Olivia Leboyer

Le premier film de Hélène Fillières est tiré du roman de Régis Jauffret, Sévère, lui-même librement inspiré de l’affaire Stern. Une histoire d’amour avec ses codes singuliers. Sortie le 9 janvier 2013.

Une histoire d’amour se veut un conte noir, une histoire intime, étrange donc, par définition, incompréhensible. Pour toute personne extérieure, un couple constitue toujours une énigme. On ne sait rien de ce qui aimante deux individus l’un vers l’autre, rien de leurs habitudes ou de leurs déviances. Eux-mêmes, pris dans leur relation, le savent-ils ? Il y a quelque chose de triste, de fatigant, dans la répétition des mêmes gestes, des mêmes mots. En quoi une histoire d’amour se distingue-t-elle d’une histoire névrotique ? Hélène Fillières observe le couple Laetitia Casta/Benoît Poelvoorde (qui n’ont pas de noms dans le film) sans juger, à une certaine distance. Leurs rapports sado-masochistes sont prévisibles, attendus, les mots échangés n’ont rien d’original, mais correspondent exactement à la partition connue (les mots « argent », « pute », « salope », reviennent régulièrement, comme évidés).

Combinaison de latex, talc, insultes, triste panoplie pour une histoire qui, de l’extérieur, n’a pas grand-chose de troublant. La voix off l’annonce d’entrée de jeu : « Les histoires d’amour sont comme des planètes », on ne les comprend jamais, ni de l’extérieur, ni de l’intérieur. Ouvertement (trop ?) psychanalytique, le film intrigue et agace par moments par son parti-pris esthétisant (l’apparition de l’ange, les cent pas de Richard Bohringer avec son chat noir devant sa baie vitrée…) et sa froideur. Les plus belles scènes sont sans doute celles où s’infiltre un peu d’originalité et d’humour : la scène au restaurant avec Jean-François Stévenin, très réussie, et les scènes en avion avec l’extraordinaire Reda Kateb, le dernier homme avec lequel Laetitia Casta échangera quelques regards, quelques paroles, avant l’arrestation.

Hélène Fillières choisit de filmer cette distance, ces heurts entre deux amants qui ne se disent rien d’aimant, ces quelques scènes intimes qui, toujours, échappent.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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