Cinema
Un César d’honneur pour Scarlett Johansson… et pour qui d’autre ?

Un César d’honneur pour Scarlett Johansson… et pour qui d’autre ?

13 février 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Cette année, le choix de Scarlett Johansson, même s’il est représentatif du nouveau sens donné au César d’honneur, apparaît un peu prématuré…

Scarlett JohannsonDes souvenirs de Césars d’honneur marquants, remis au cours de la dernière décennie, lors de la « grande fête du cinéma français » ? Bernadette Lafont et Meryl Streep en 2003, par exemple. Ou Claude Rich et Jeremy Irons en 2002. Des sélections équitables et juste, au regard des carrières des interprètes.

Cependant, une plongée dans les résultats des Césars depuis le départ amène une constatation : il semble que depuis le milieu des années 90, l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma entend récompenser certains interprètes internationaux non pas pour leur carrière passée, mais pour la valeur qu’ils amènent au sein de l’art cinématographique actuel. Pour la façon dont ils mènent leur carrière, en fin de compte. Donc « pour leur carrière » quand même. Initiative tout à fait intelligente.

Mais avant 1995, qui s’est vu remettre un « César d’honneur » ? Bernard Blier, Raimu, Jean Carmet, notamment, pour ce qui est des français. Et Marcello Mastroianni, Sophia Loren, Kirk Douglas… Une tradition peut évoluer, bien sûr. Surtout lorsqu’elle va de pair avec un art en constant mouvement. Mais elle doit conserver une partie d’elle-même.

Scarlett Johansson est digne d’être reconnue car elle incarne un esprit « classe et classique » hérité du Hollywood des années 40 à 60. Pourquoi croyez-vous qu’elle ait joué dans Hitchcock (2013), où elle incarnait Janet Leigh, ou dans Le Dalhia noir (2006) ? Une beauté qui fait immédiatement rêver, une présence qui excite les fantasmes. On pourrait presque dire qu’à 29 ans, elle fait plus que son âge. En tant qu’image, en tant que « star », elle en impose. C’est sans doute pour cette raison qu’elle a vu son étoile être inaugurée sur le Hollywood Walk of Fame.

Mais en tant qu’actrice ? Oui, elle sait alterner œuvres risquées et cinéma grand public. Oui, elle tourne avec des grands : trois films avec Woody Allen, Le Dalhia noir de Brian De Palma… Mais a-t-elle atteint sa maturité d’actrice ? On peut trouver ses prestations un poil répétitives. Beaucoup d’images, mais pas assez de chair. D’une part, les univers uniformes et limite vaporeux de Sofia Coppola ou Woody Allen, dans lesquels la gamme des émotions à déployer reste limitée ; d’autre part, des réalisateurs qui semblent fascinés par ce qu’elle dégage, et ne la poussent pas à sortir d’elle-même… Alain Terzian, président de l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma, qui remet les Césars, la qualifie d’ « immense actrice ». On peut répondre qu’elle a encore quelques preuves à prodiguer. D’ailleurs, elle s’est confrontée à Tennessee Williams l’an dernier à New York, en jouant Maggie dans La Chatte sur un toit brûlant. On l’attend dans un rôle comme ça, à l’écran. Loin du lisse.

La classe internationale ou américaine aux Césars, d’accord. Elle est constitutive de l’art cinématographique de notre époque. Mais on aime que la justification soit totale, lorsqu’un honneur est rendu. Donc, cette année, on désire une autre distinction. Pour un grand acteur ou une grande actrice. Français. Même si elles évoluent, et dans un sens positif, n’oublions pas les traditions.

Visuel: photo du film Le Prestige, 2006 © D.R.

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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