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[Un certain regard] « Vers l’autre rive » : Kiyoshi Kurosawa nous sort ses fantômes les moins inspirés

[Un certain regard] « Vers l’autre rive » : Kiyoshi Kurosawa nous sort ses fantômes les moins inspirés

21 mai 2015 | PAR Geoffrey Nabavian

Un duo composé d’une humaine et d’un fantôme, à moins que ce ne soit l’inverse, part faire on ne sait trop quoi… Le film impossible du Certain regard 2015, composé de scènes obscures, inutilement compliquées, empreintes de croyances difficiles à saisir.

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L’une des premières scènes de Vers l’autre rive laisse présager le meilleur : la jeune Mizuki sent une présence derrière elle, et accueille bientôt un fantôme. On croit qu’on va retrouver le Kiyoshi Kurosawa fascinant de Cure. Manque de chance, la suite va nous entraîner dans une rêverie mélancolique, façon Tokyo Sonata… Yusuke est donc un fantôme. Ou quelque chose qui a, à peu près, la même fonction. Disparu en mer, il revient pour visiter son épouse. Et part avec elle sur des lieux précis. Où il fera remonter, au passage, quelques morts à la surface. D’abord la maison d’un vieux professeur, puis un restaurant, un hôpital, un village de campagne, une source et un champ qui « permettent d’accéder à l’au-delà »…

Tout d’abord, comme il a décidé, pour ce film, de ne pas différencier visuellement vivants et morts, Kiyoshi Kurosawa nous égare. Il n’explique rien, multiplie les personnages et les scènes où surgissent les souvenirs. Il complique à loisir ces dernières : lors d’un beau passage, Mizuki revoit son père. Qui, à l’écran, a le même âge qu’elle… Surtout, il nous frustre car il n’explicite pas l’enjeu de son film. On vogue avec ce duo humain/fantôme, désireux de… de faire quoi, au juste ?… Un duo que la forme du film, compliquée, ne nous permettra pas de trouver attachant. Car on ne les connaîtra jamais vraiment.

On ne s’étendra pas sur la musique qui verse dans le sirupeux et le planplan, ou sur le côté naïf qui imprègne l’ensemble. Faisons un constat : Vers l’autre rive est un film empreint d’une sagesse propre à son réalisateur, rempli d’idées qui n’appartiennent qu’à lui. Certains pourront être sensibles à son ton calme et élégiaque, ou aux épisodes traversés, assez variés. N’ayant, de notre côté, pas réussi à les inscrire dans un enjeu global, on a abandonné. Et laissé Kiyoshi Kurosawa à ses rêves trop lisses, ou trop perchés, on ne sait pas.

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Vers l’autre rive, un film de Kiyoshi Kurosawa. Avec Eri Fukatsu, Tadanobu Asano. Drame, Japonais. Durée : 2h08.

Visuel : © Version originale / Condor

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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