Cinema
Trois fois 20 ans, une comédie originale sur la crise de la soixantaine

Trois fois 20 ans, une comédie originale sur la crise de la soixantaine

20 juillet 2011 | PAR Yaël Hirsch

Après « La Faute à Fidel » (2006), Julie Gavras filme avec humour et sensibilité un couple de sexagénaires à succès en proie à la crise de la soixantaine. Une comédie pétillante portée par deux monstres sacrés : William Hurt et Isabella Rossellini.

Mary (Isabella Rossellini) et Adam (William Hurt) ont tout pour eux : trois beaux enfants, dont deux sont parents, pour lui une carrière d’architecte qui atteint son apogée, pour elle une ancienne carrière de prof sacrifiée avec joie sur l’autel des obligations familiales, et une mama italienne qui sait divinement cuisiner les panettone et balancer avec un sourire des vérités acerbes (formidable Doreen Mantle). Mais une brève perte de mémoire de Mary lui fait réaliser qu’elle et son mari sont devenus, sans s’en rendre compte, des « seniors ». De son côté, Adam est forcé par ses associés à dessiner des maisons de retraite, alors qu’il souhaite ardemment faire ce qu’il a toujours refusé : travailler avec ses stagiaires pour remporter  un prestigieux concours d’architecture pour un musée international. Tous deux soudainement conscients de leur âge, Mary et Adam luttent chacun à leur manière : Adam par un « jeunisme » nouveau, Mary en ramenant plein d’objets utiles à la maison (un téléphone avec des grosses touches, des barres pour se tenir dans al douche etc…). Pour la première fois en quarante ans, le couple fait une sorte de pause, lui vivant au bureau et elle s’impliquant dans une association d’aide scolaire où elle tient à rémunérer les retraités qui dispensent les cours. Vont-ils se retrouver?

Tendre, drôle et porté par les deux sexagénaires les plus glamours du Cinéma, « Trois fois 20 ans » aborde avec intelligence un thème trop peu exploité au cinéma. Extrêmement bien filmé, ancré sur le port de reine de Rossellini et équilibré par une génération d’octogénaires pleine d’ironie, cette vision de la crise de la soixantaine repose délicieusement des comédies romantiques traditionnelles où la jolie femme de trente ans ne trouve pas son prince charmant.  L’amour après 50 ans est d’ailleurs un sujet de plus en plus traité, notamment par Joel Hopkins (Last chance for love, avec Dustin Hoffmann et Kristin Scott-Thomas) et par Nancy Meyer dans « Passi simple » (avec Alec Baldwin et Meryl Streep). La problématique pour la femme de soixante ans est de savoir comment garder ce prince charmant. Première étape : savoir si elle veut le garder. Deuxième étape :  si oui, alors il faut s’adapter à l’âge et changer. Comment deux personnes peuvent-elles changer pour se retrouver ensemble ?C omme toute comédie, le film de Julie Gavars oscille entre le rire franc et la psychologie fine. Ce balancement n’est pas toujours facile à maîtriser et malgré quelques maladresses et excès (parfois, le couple donne l’impression d’avoir plus 80 ans que 60), la réalisatrice s’en tire magistralement et parvient à nous faire rire, rêver et réfléchir. Une jolie comédie à voir absolument cet été.

« Trois fois 20 ans » (Late bloomers), de Julie Gavras, avec Isabella Rossellini, William Hurt, Doreen Mantle, Kate Ashfield, Aidan McArdle, Arta Dobroshi, Luke Treadaway, Leslie Phillips et Joanna Lumley, France, 2010, 88 min. Sortie le 13 juillet 2011.

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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