Cinema

Tout va bien (The Kids are all right) ou la recherche inconfortable du géniteur

23 septembre 2010 | PAR Yaël Hirsch

Avec « The Kids are all right’, Lisa Cholodenko que l’on connaissait pour l’étrange « Laurel Canyon », et qui a tourné certains épisode de « The L word » et de « Six Feet Under » entre de plein pied dans la grande famille souriante de l’esprit sundance. Offrant à Julianne Moore un joli rôle de mère de famille lesbienne, le film commence fort en déjouant tous les clichés communautaires, mais se retourne finalement pour que tout rentre dans l’ordre familial … Dommage.

Nick (Annette Benning) et Jules (Julianne Moore) forment un couple homosexuel modèle dans une petite ville américaine. Avec leurs deux enfants, Joni (l’excellente Mia Wasikowska qu’on avait pu voir en adolescente paumée dans la première saison de « In treatment ») et Laser (Josh Hutcherson), elles sont parvenues à reproduire une parfaite famille patriarcale avec deux mères… Mais tout se gâte le jour où Joni devient majeure et se met à rechercher son géniteur, qui se trouve également être celui de son frère. Elle tombe sur Paul (excellent et sensuel Mark Ruffalo), patron de bar sympa encore très jeune et insouciant, qui avait donné son sperme à l’âge de 19 ans contre un peu d’argent. Paul se prend au jeu de la paternité et se rapproche des enfants, tandis-que leurs deux mamans craignent cette irruption dans le long fleuve tranquille de leur vie. Mais Paul sait gagner la sympathie de Jules en l’aidant à sortir du foyer pour s’adonner à son rêve : devenir paysagiste, et finalement s’épanouir dans une carrière… De son côté, Nick vit très mal la menace que Paul représente face à son rôle de père : lui serait-il possible d’être plus virile qu’un homme sans devenir acariâtre? Les choses se gâtent encore, lorsque Jules un peu paumée trompe pour la première fois Nick avec… Paul!

Très fin lorsqu’il montre à la fois la tendresse et la rigidité du couple Moore/Benning qui tente vraiment de reproduire le modèle familial conventionnel, « Tout va bien » s’emballe quand l’irrésistible Julianne Moore se met à désirer sans comprendre pourquoi… un homme. Et qui plus est le père biologique de ses enfants. Son personnage, resté dans l’ombre de sa compagne depuis les bancs de la fac est terriblement sympathique et prouve bien que toute relation amoureuse est fondée sur des jeux de pouvoir et de domination. Mais à peine pense-t-on sortir du ghetto, et à peine se laisse-t-on emballer par les excellents dialogues peaufinés pendant 4 ans par Lisa Chodolenko et Stuart Blumberg (la scène ou Benning et Ruffalo partagent leur amour pour Joni Mitchell fait vraiment sourire), que Julianne Moore se confond en excuses publiques… Les enfants mettent un peu de temps à pardonner à celle qui les a élevés, mais finissent par rentrer dans le giron familial sans plus avoir aucune pensée pour le pauvre donneur de sperme qu’on devrait simplement trouver bien puni de son outrecuidance machiste… Du coup, le film rentre dans les gonds engoncés du communautarisme gay et le retour à l’ordre matriarcal des choses casse toute l’originalité de l’œuvre.


Ciné : Tout Va Bien ! The Kids Are All Right (extraits)
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« Tout va bien » (« The Kids are all right »), de Lisa Cholodenko, avec Julianne Moore, Annette Benning, Mark Ruffalo, Josh Hutcherson, et Mia Wasikowska, USA, 2010, sorties française le 6 octobre 2010.

Infos pratiques

Gagnez 4×2 places pour le concert de The Posies le 4 octobre au Divan du Monde
Sarah Chiche, L’inachevée
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

One thought on “Tout va bien (The Kids are all right) ou la recherche inconfortable du géniteur”

Commentaire(s)

  • CM

    Bonjour,

    J’ai eu le grand plaisir de voir ce film lors du Festival de Deauville, et je l’ai (comme vous) beaucoup aimé.
    Mais j’avoue que je ne suis pas d’accord avec vous sur ce que vous appelez « le retour au communautarisme gay » de la fin. Au contraire, j’ai trouvé de toute finesse la façon qu’a Lisa Cholodenko de nous faire oublier que cette famille est homoparentale, pour nous parler de la vie, des crises, des angoisses et des joies de toutes les familles, quelles qu’elles soient. Pour moi, ce film, et surtout sa fin, parle de comment réussir à surmonter les crises, pardonner les erreurs, et trouver la force de ne pas « tout plaquer », de ne pas se séparer au premier faux pas, mais d’accepter au contraire que la vie à deux, la vie en famille, mérite qu’on se batte un peu pour elle. Si cela avait été l’histoire d’un couple qui s’aime, mais s’éloigne et se trompe, et d’un amant qui se retrouve à la porte à la fin du film, auriez-vous parlé de retour à une morale trop bien pensante, ou bien auriez-vous été touché(e) par le fait que ce couple arrive finalement à surmonter une telle crise par amour l’un pour l’autre??
    Je trouve au contraire que ce film nous offre une vision pleine d’espoir de ce qu’un couple peut être…

    septembre 27, 2010 at 15 h 25 min

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