Cinema

Thérèse Desqueyroux, le dernier film de Claude Miller est un chef -d’oeuvre

Thérèse Desqueyroux, le dernier film de Claude Miller est un chef -d’oeuvre

15 novembre 2012 | PAR Yaël Hirsch

Présenté hors-compétition à Cannes, en mai dernier le dernier film de réalisateur de « L’effrontée’ et d' »Un secret » avait été accueilli avec beaucoup d’émotion, à peine deux mois après la disparition du grand monsieur du 7 art. Adaptation sensible et délicate du roman de François Mauriac, « Thérèse Desqueyroux » est un très grand film, tant par son habitation modeste des costumes d’une époque, que par le profil de femme qu’il esquisse. Sortie le 28 novembre.

Dans la bourgeoisie terrienne des landes, il va de soi que Thérèse Larroque (Audrey Tautou) promise depuis sa tendre enfance au fils des propriétaires doit épouser Bernard Desqueyroux (Gilles Lellouche, dans un brillant contre-emploi) pour que leurs domaines fusionnent à Argelouse. Tandis-que les préparatifs du mariage s’arrangent, Thérèse est la confidente de sa jeune sœur Anne (Anaïs Dumoustier) qui s’est éprise d’un beau et riche jeune-homme mais joueur et juif. En charge de faire passer cette amourette inconvenante, Thérèse découvre tout un monde qui lui restera fermé : la passion, le désir, l’angoisse et le doute, bref l’état amoureux. Fidèle au poste de femme de notable et de fille de famille, elle fait ce qu’elle doit : organiser l’intendance de la maison, tomber enceinte pour fournir un héritier. Jusqu’au jour où, comme poussée par une force qui lui échappe, elle se met à empoisonner méthodiquement son mari.

Face au premier plan du film : l’inévitable scène des deux sœurs à vélo riant en dévalant la pente d’un sous-bois rétro les ramenant chez elles, on craint le pire. Et pourtant non, ce clin d’œil au vieux fusil n’annonce en rien le reste du film puisque Miller bannit le flash-back qui structurait le livre de Mauriac pour dévider la pelote de sentiments complexes et mystérieux qui président à la destinée de Thérèse Desqueyroux. Et cette linéarité est tout simplement parfaite et bouleversante. La dureté parfois reprochée à Audrey Tautou se transmue en mystère dans ses costumes de bourgeoisie de province des années 1930 qui rehaussent à la fois le caractère menu et fragile et puis aussi la sécheresse déterminée de l’empoisonneuse. En Bovary du 20ème siècle, Gilles Lellouche est impeccable et décline avec subtilité le mélange d’amour-propre et d’amour blessés de cet homme trompé peut-être de bien pire manière que si c’était avec un autre. Pour contre-balancer la haine sourde et inexplicable d’une femme à l’égard de son mari qui respecte tout ce qui fait la force de leur union – les codes de leur milieu- le personnage d’Anaïs Dumoustier est parfaitement fraiche et entière. Libre. Jouant des archétypes sans jamais les figer, Claude Miller sublime un texte qui est-disons-le- aujourd’hui un peu vieillot et bien souvent la terreur des lycéens. Portrait d’une héroïne en train de se débattre pour tenter, tragiquement, de récupérer les fils directeurs de sa propre vie, le film de Miller atteint des sommets humains et artistique. Et le réalisateur conserve lui aussi sa part d’ombre : Bouleversé par le mystère et la violence des sentiments féminins, le spectateur se demande avec gratitude ce qui a pu pousser un homme de 90 ans à dédier sa dernière œuvre à comprendre une femme fière, entière et aliénée, prisonnière des moeurs d’un autre temps.

Thérèse Desqueyroux, de Claude Miller, avec Audrey Tautou, Gilles Lellouche, Anaïs Dumoustier, France,2011, 1h50. Sortie le 28 novembre 2012.

Infos pratiques

Jermaine Jackson pour trois dates à Paris [Vidéo]
Les 10 soirées du week-end du 16 au 18 novembre
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

5 thoughts on “Thérèse Desqueyroux, le dernier film de Claude Miller est un chef -d’oeuvre”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *