Cinema
The Terrorizers, un film inédit d’Edward Yang sur les solitudes urbaines

The Terrorizers, un film inédit d’Edward Yang sur les solitudes urbaines

18 décembre 2011 | PAR Olivia Leboyer

Un film inédit (de 1986) sur des solitudes croisées : entre polar, romance et errances, entre tradition et modernité, entre fiction et réalité. Sortie le 15 décembre 2011.

Edward Yang est mort en 2007. Son dernier film, Yi Yi (2000, Prix de la mise en scène au Festival de Cannes), était un chef-d’œuvre lumineux sur une famille, où un petit garçon au visage tout rond observait la mort de sa grand-mère et la confection de cocottes en papier.
« The Terrorizers » date de 1986 et la tonalité en est nettement plus sombre. Dans la grande agglomération urbaine, on suit des personnages à bout de souffle, en panne d’inspiration, en attente de quelque chose. En particulier, une jeune femme, écrivain, qui à trente et quelques années a l’impression d’avoir déjà épuisé tout ce qu’elle avait à raconter. En plein vertige, elle écrit alors l’histoire, légèrement modifiée, de son propre mariage, décevant et banal à pleurer. Peut-on tuer quelqu’un en le décrivant ? Qu’est-ce qu’on fait de la réalité, une fois qu’on l’a fixée (par les mots, par les images photographiques, par un film) ? Edward Yang s’ingénie à nous perdre dans les dédales de ces histoires tristes, pour mieux nous surprendre et nous retrouver.
Un mari un peu trop terne, un amant plus chic resurgi du passé, la femme écrivain entre deux époques, une jeune fille au charme androgyne, un policier débonnaire et peu psychologue, un photographe qui s’ennuie, sa fiancée qui l’attend, tous ces personnages se croisent sans jamais se comprendre parfaitement. Que s’est-il passé entre eux ? Les photos, ou le roman, peuvent-ils l’attester ?
Mélancolique, le film se déroule superbement, n’hésitant pas à répéter certains plans de la ville, la vue depuis une fenêtre, le lever du jour, un chien qui aboie. Dans les petits appartements oppressants, un téléphone orange sonne, les salles de bain ne sont pas toujours le prélude à l’amour, les individus se terrent. Dans une belle scène, une balle de pistolet brise un vase : l’eau s’écoule mais, pour un moment au moins, les fleurs tiennent encore debout.
Un beau film triste sur la solitude et sur les ambiguïtés de la création artistique.

The Terrorizers, d’Edward Yang, Taïwan, 1h49, 1986, avec Cora Miao, Wang An, Bao-ming Gu. Sortie le 15 décembre 2011.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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