Cinema
The Look of love, un biopic sage de Paul Raymond par Michael Winterbottom

The Look of love, un biopic sage de Paul Raymond par Michael Winterbottom

11 février 2013 | PAR Yaël Hirsch

Présente en avant-première à la Berlinale le Biopic du magnat du charme anglais, Paul Raymond, par le réalisateur de « Trishna » et « The Killer inside me » est, dans le genre, agréablement classique, mais qui manque de mordant.

Ayant débuté à la fin des années 1950 à produire des spectacles où les femmes se dénudaient, Paul Raymond (Steve Coogan, sexy et crédible sur 40 ans de la vie de son personnage) semble avoir compris que l’on pouvait faire des fortunes en rendant le théâtre excitant… et en plaçant sagement l’argent dans de l’immobilier. Lui-même homme à femmes incapable de se ranger,  le magnat des show et bientôt de la presse de charme (mais jamais porno) n’a su rester fidèle qu’à une seule d’entre elle : sa fille (l’adorable Imogen Poots). Une fille qu’il a aimé sans avoir d’égards pour ses deux fils et qu’il a pourtant étouffé de son charisme et contaminé par sa vie dans les milieux de la nuit…

Le film fait une jolie boucle, commençant et terminant par la mort de cette fille, dans un flash-back assez élégant et classique, avec du noir et blanc pour les années 1960, et la couleur qui monte quand les jupes diminuent, dans les années 1960 pour exploser en fusées psychés et partouzes suggérées sous les étoiles dans les années 1970. Mais cette boucle est bien trop sage pour nous emporter. Il ne manque pas d’audace en terme de nus ou de cru (quoi que…) mais plutôt en terme d’angle : c’est par petits bouts de psychologie (goût de  l’argent, désir de revanche sociale, double-personnalité et double-nom, désir des des femmes,  de liberté, amour pour sa fille, certaines idées en avance sur son temps) que Paul Raymond est évoqué. Mais jamais, comme tout bon personnage de fiction, mû par une passion à laquelle on pourrait s’attacher. Il fallait peut-être choisir entre le libertin et le capitaine d’industrie, parce qu’à force  de mêler chronologiquement les deux, on ne comprend pas bien au juste ce que Paul Raymond a proposé de si orignal à l’industrie du charme, ni même pourquoi il n’a su rester fidèle à aucune femme. Et le pire c’est qu’on s’en moque un peu et que sa destinée (de même que celle de sa fille) glisse sur le public comme l’huile sur la plume du paon… Enfin dernière remarque, le film aurait probablement dû dire quelque chose de l’évolution des mentalités en Angleterre des années 1960 aux années 1980. Or, on a l’impression, que, tout au long du film, que ce soit sur scène ou sur papier glacé, le héros fait exactement la même chose, choquante, mais finalement acceptée et partagée… Reste le plaisir de voir la sculpturale Tamsin Egerton aussi belle nue qu’habillée, de beaux costumes et le jeu intelligent du complice de Mixhael Bottom qu’on avait adoré sur un mode plus oral et gourmand dans « The Trip« : Steve Coogan

The Look of love, de Michael Winterbottom,  avec Steve Coogan, Imogen Potts, Anna Friel,Tamsin Egerton, UK, 2012, 99 min.

Pour lire notre live-report de l’avant-première Belinoise sur le mode « Gala », c’est ici.

(c) Charlie Gray

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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