Cinema

The Big Short d’Adam McKay – L’homo Economicus pour les nuls

The Big Short d’Adam McKay – L’homo Economicus pour les nuls

11 janvier 2018 | PAR Pierre Descamps

Oscar du meilleur scénario en 2016, The big short dépeint le cas concret d’une situation instable et choisit d’expliquer les causes et les conséquences de la crise des subprimes en faisant le pari de clarifier des phénomènes complexes et de les rendre accessibles au grand public. Une totale réussite pour un film qui opère d’une démarche opposée du Loup de Wall Street de Martin Scorcese et qui procure une richesse intellectuelle surprenante et rafraîchissante pour un blockbuster économique de haute voltige.

On avait l’habitude de voir les réalisations d’Adam Mc Kay avec un air amusé et enjoué. L’auteur de la série des Anchorman (avec le personnage mythique de Ron Burgundy !), de Ricky Bobby ou de Very Bad Cops nous avait habitués à un comique gras américain mais libérateur, des films emblématiques du Frat Pack (expression désignant une génération de comiques américains qui va de Will Ferell à Owen Wilson en passant par Steve Carell). Ici, le rire est ici aussi présent mais il vient des situations absurdes de ce petit monde économique qui se détache de la réalité.

Une histoire vraie invraisemblable

En effet, cette histoire parait invraisemblable, totalement insensée pour se détacher du cadre de la fiction. C’est pourtant une histoire vraie qui est arrivé à 4 antihéros, des traders visionnaires qui ont parié contre le cours du marché immobilier avant la crise des subprimes.
Adam Mc Kay s’était déjà engagé dans le traitement de thématiques politiques et économiques en participant à l’émission de Michael Moore en dénonçant les hommes d’affaires qui se servent de la population à toute fin nuisible pour la société.

Le film apporte des images concrètes à l’élève d’économie qui révise sa macro et microéconomie. Le grand public curieux n’est pas en manque d’informations sur le système bancaire car les failles monumentales d’un système mégalomane apparaissent de manière très claire à l’écran.
Les agences de notation se mettent à distribuer des triples A aux projets et aux banques sans vérifier leur état financier.
Un système économique qui se dit rationnel mais qui est complètement incohérent, à bout de souffle et inadapté à la problématique écologique de l’époque.

Aveuglement et hypocrisie des élites

Le film pique où cela fait mal et devient une satire à des moments appropriés : la personne s’occupant de l’agence de notation porte des lunettes noires d’aveugles, les assureurs de maisons vendent des taux d’assurance à taux variable à des ménages sans sourciller en sachant qu’en cas de crise ces derniers ne pourront jamais rembourser…
Une fois que la catastrophe se déclenchera, ce petit monde se réunira et se rassure en évoquant la  » sûreté  » des marchés (l’économie est une science imparfaite crée par l’homme, il suffirait à ces gens de relire Hayek ou Keynes !) et en évoquant des possibilités de croissance absolument irréalisables et invraisemblables en plein temps de crise!

Un système hypocrite de A à Z : les intérêts individuels l’emportent face aux intérêts collectifs et chacun veut toucher ses commissions sans se soucier des conséquences désastreuses de leurs actes sur l’économie réelle…
Un système lâche qui remettra ses propres erreurs et fautes sur le dos des contribuables qui n’auront plus qu’à payer la lourde addition.
Un système qui n’a rien à risquer de la part des gouvernements complices ( et dominés par la puissance du système bancaire qui a pris le pas sur le système étatique présent dans les années 80 avant l’élection de François Mitterrand) ou de la justice : le gouvernement refinancera les banques en cas de problème, la justice n’emprisonnera elle qu’une seule personne (!!) après la plus grande dérive financière du siècle.
Un système qui est responsable du désordre social et politique actuel et de la montée du nationalisme à travers le monde.

Un système immature et dangereux

Le film est donc très riche et nous n’avons évoqué ici que les causes communes de la crise alors que le film va bien plus loin en racontant les destinées incroyables de personnages qui avaient tout flairé avant tout le monde en pariant contre le marché immobilier réputé dans la profession comme stable.
Ces gens sont passés pour des hurluberlus pendant des années au sein du monde de la finance.
Malgré leurs paris, ces traders n’avaient jamais imaginé une telle débâcle du marché qui reste très fragile et complètement instable. Ils gardaient un minimum de foi envers les instances financières car même en ayant vu les failles elles ne pouvaient croire que les marchés financiers n’aient rien prévu en cas de catastrophe !
Ces personnes ne pouvait pas croire à telle immaturité des élites qui nous a amenés à la catastrophe. Malgré leurs marginalités au sein de leurs professions, ils avaient encore foi malgré eux dans le système.
Cette crise n’aurait pu toucher que les USA mais elle est arrivée en Europe à cause des banques américaines. Celles-ci ont revendu leurs CDO pourris aux banques européennes
Aujourd’hui, on connait la conséquence directe de ces actions avec la montée du chômage et le nombre de SDF qui se sont exclus du monde.

Un film d’économie réussi et passionnant

Un film étonnant et glacant avec d’excellentes performances de Brad Pitt, Christian Bale, Ryan Gosling et Steve Carell et les superbes apparitions de Margot Robbie et Selena Gomez qui apporte une certaine légèreté par leur humour à un propos sérieux.
Un film qui montre qu’Adam Mc Cay peut aussi faire des films très sérieux, aboutis et drôles à la fois sans tomber dans l’humour gras habituel.
En somme, le blockbuster américain qui parle le mieux de l’économie et qui le met le mieux en pratique en retranscrivant à merveille le rythme effréné de cet univers fou.
Un film à voir pour comprendre mieux le monde dans lequel on vit et mieux cerner les rouages du système économique du monde actuel.

The Big Short, le casse du siècle
Réalisation : Adam McKay
Avec : Ryan Gosling, Steve Carell, Brad Pitt, Christian Bale
Durée : 2 H 11

Crédit Images
©BagoGames
©Affiche du film

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