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Tell me lies, la dure vérité de Peter Brook sort enfin, après 44 ans d’attente ( En salles le 10/10)

Tell me lies, la dure vérité de Peter Brook sort enfin, après 44 ans d’attente ( En salles le 10/10)

29 août 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

C’est un beau cadeau que la société de distribution de films Sophie Dulac nous offre en permettant, 44 ans après sa création et sa perte la projection de  Tell Me Lies”, réalisé par  le metteur en scène Peter Brook en 1968 dont le sujet, aujourd’hui  peu apaisé était brûlant à l’époque : le Viêtnam.

L’année dernière Peter Brook fait le souhait de restaurer son film dont il  lui reste uniquement une bobine 35mn dont, de surcroît, certaines scènes, dont la très drôle formation à se faire exempter, avaient sautées.  La Fondation Technicolor pour le Patrimoine du Cinéma et la Fondation Groupama Gan ont effectué un travail incroyable pour remettre l’oeuvre en état. Le film a eu une vie rocambolesque, il fut déprogrammé du festival de Cannes 68, qui lui-même fut annulé. Il fut montré très brièvement à Venise où il obtint une mention spéciale du jury. Peter Brook avait mis en scène à l’époque une pièce, US sur le sujet de la prise de position pour ou contre la guerre tout en étant extérieur. Pendant la pièce, un procédé scénographique faisait croire que l’un des comédiens s’apprêtait à brûler vif un papillon. Un soir, une spectatrice a jailli sur le plateau et tout en réalisant le subterfuge, le papillon était en papier, elle dit à la salle : « vous voyez, il est possible d’agir ».

Le film, construit comme un docu-fiction nous plonge dans l’absurdité du conflit vietnamien. « Absurde » pris dans sa définition stricte : ce qui échappe à toute logique. On suit la vie de la troupe de la Royal Shakspeare Compagny devenant ici, un jeune couple, des politiques, des journalistes, un résistant à la guerre s’immolant.

Mark a une vie tranquille avec sa petite amie. Un jour, une image le rend fou, celle d’une femme au visage boursouflé tenant dans ses bras son enfant emmailloté dans des bandes. Insoutenable. Mais jusqu’à quand ? Quel est le taux de résistance à l’horreur ? On entend : pour « comprendre le Viêtnam, il faut rester à distance ». Brook choisit comme méthode la chanson, le jazz. Mark chante : «  j’ai été renversé par la vérité un jour ». Cela est en fait un piège, les images d’horreur,  à la façon d’Orange Mécanique sont enrobées, les rendant encore plus vives. Deux scènes insupportables, celle d’un moine brulant vif et celle d’une fusillade, toutes deux sans  effets spéciaux et sans comédiens apportent une plongée sans filet dans la réalité de la guerre. La mort, la vraie, devant vos yeux horrifiés.

Brook essaie de comprendre, il change de point de vue : que pense un député, un ministre, que pense un soldat, une jolie fille lisant du Che Guevera ? Le film est un drapeau blanc contre la guerre, un acte un peu vain. Le réalisateur le sait, il n’apporte aucune solution, seulement une porte ouverte sur une certitude : et si l’horreur tapait à votre porte, seriez-vous distant, plaisanteriez-vous dans un dîner mondain ? La réponse est moins évidente qu’on ne le croit.

Dans un rythme archétypal des années soixante-dix, les scènes s’enchaînent de façon très hachurées, faisant jaillir robes fleuries alternant avec celles des armées. Tell me lies agit comme une bombe, Brook insiste sur les brûlures causées par le nucléaire, et c’est cette sensation qu’il provoque en nous, celle d’une chaude nausée qui se bloque dans la gorge.

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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