Cinema

Steve Krief rend hommage à Marcel Dalio (Interview)

Steve Krief rend hommage à Marcel Dalio (Interview)

06 novembre 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Steve Krief est journaliste spécialiste de pop culture.  Il organise le 21 novembre un Hommage à Marcel Dalio à la Mairie du 4e arrondissement de Paris, de 18 à 20h. Rencontre.

 

Dalio est-il encore connu aujourd’hui ?

Qui se souvient du Lieutenant Rosenthal qui s’enfuit avec Gabin dans La Grande Illusion ? Du Marquis de La Chesnaye, premier rôle dans La Règle du jeu ? Deux films de Renoir qui annonçaient le désastre de la Seconde Guerre mondiale et motivèrent les carrières d’un certain François Truffaut. Entre tant d’autres. Ou de sa confrontation avec Simone Signoret dans Dédée d’Anvers ? Une blague dit qu’il ne faut jamais souhaiter « A 120 ans, mais à 120 ans et quelques jours. Afin que cela n’arrive pas brutalement. » C’est ce que nous faisons le 21 novembre à la Mairie du 4e en célébrant les 120 ans de la naissance de Marcel Dalio. En montrant, grâce à des documents et témoignages inédits, l’influence de cet immense acteur.  

Comment l’avez-vous « rencontré » ?

Enfant. En regardant le Film Les Aventures de Rabbi Jacob de Gérard Oury. Un vieux rabbin newyorkais qui, sans imaginer les mésaventures qui l’attendent, a hâte de retrouver sa Normandie, comme il le chante dans le taxi qui le mène à l’aéroport. Mais enfant, je m’intéressais surtout à celui qui se faisait passer pour lui dans le film : Louis de Funès.

Ce n’est que plus tard, en lisant son autobiographie, que je me suis amusé à voir à quel point cette fiction rendait hommage à une réalité. Celle du retour d’un enfant de la rue des Rosiers dans son quartier. Car Dalio, né Moshé Israel Blauschild, raconte dans ce livre comment il grandit dans le Paris du début de siècle, dans ce quartier qui était son univers. Entre l’odeur du hareng de l’épicerie de son grand-père et les charmes olfactifs, entre autres, des prostituées. 

Quel est l’objectif de cette soirée ?

De rendre deux hommages. Tout d’abord à l’immense acteur. Avec Jean Gabin et Pierre Brasseur (le père de Claude) ils triomphaient dans les plus grandes œuvres d’avant-guerre. Mais seul Gabin a réussi à revenir au centre de l’affiche dans les années 50. Pourtant, des acteurs aussi différents que Humphrey Bogart, John Wayne, Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo, Catherine Deneuve et Michel Serrault étaient bouleversés lorsqu’ils partageaient des répliques ou des verres avec eux. 

Un hommage aussi à la fraternité entre Pierre Brasseur et Marcel Dalio, comme nous le racontera Philippe Morisson, créateur du site Marcel-carne.com. Ces hommes avaient tout pour ne pas se comprendre : différentes cultures, différents styles de jeu, différents styles de vie… Ils partageaient surtout le même enthousiasme pour ce métier. Même volonté de croire en leur talent et à leur capacité à se réjouir d’un bout de fromage sur un pain rassis en regardant l’horizon fantasmé de néons des Grands boulevards. Car comme disait Gabin dans Le Cave se rebiffe, « ne pas croire en son talent facilite la réussite des médiocres ». Ils y croyaient et révolutionnèrent leur art, comme le confirmeront à la soirée hommage certains acteurs. 

Souhaitez-vous penser plus loin, un festival peut-être ?

Un festival, je ne sais pas. La partage modeste d’un art de vivre. De ces années dites « folles » des 1920s. Le « c’était mieux avant » ne s’applique pas à ces années de post-guerre et de misère. Ce qui motiva encore plus les Dalio et Brasseur, en compagnie des surréalistes, des frères Kessel, de Gabin, des réalisateurs et éditeurs fous et connaisseurs et de tous ces autres bouffeurs de vie à ne prendre aucun prisonnier. A se réunir dans leurs speakeasies de fortune, derrière les verrous si vous me permettez cette expression, et à ne pas se soucier du quand dira-t-on, réel ou virtuel. Le mélange de l’hédonisme et du talent où ceux qui prolongent la vie la nuit, en sortant de scène ou d’un studio, ne devaient laisser aucun regret se réveiller. Puisse-t-on en dire autant à l’aube des 2020s…

Hommage à Marcel Dalio. Soirée organisée le 21 novembre à la Mairie du 4e arrondissement de Paris, de 18 à 20h.

Visuel :© Dédé D’Anvers

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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