Cinema

Spring Breakers, Harmony des images

Spring Breakers, Harmony des images

24 mars 2013 | PAR JD

Il est des films dont les images s’incrustent dans votre mémoire; Spring Breakers en fait partie. Harmony Korine, petit génie de l’underground US, livre une partition léchée faisant d’un Spring Break floridien qui tourne mal une véritable symphonie du crade.

Pour lire notre critique du film à la Mostra de Venise, c’est ici.

Le Spring Break, pause annuelle dans l’année universitaire américaine, moment de débauche au cliché légèrement grossier, telle est la toile de fond de la dernière mise en images d’ Harmony Korine. Le cliché va sombrer dans la poésie.

L’histoire de ce film est celle de quatre étudiantes américaines qui décident de braquer un fast-food afin de payer leur semaine de Spring Break. Une fois là-bas, tout le cliché MTVien est en place : plage, soleil, alcool qui dégouline, fêtes qui ne finissent jamais, de la coke et des strings en veux- tu en voilà. Le tout sur une bande son électro rythmée par des bruits de guns que l’on recharge. Paradis ou enfer, on ne sait plus vraiment. Les images ralenties donnent l’impression d’une débâcle de la jeunesse américaine qui se pète la tête pour oublier dans son vomi que le reste de l’année, elle prie et  travaille jusqu’à l’overdose. L’une remplaçant l’autre. Jusqu’à ce que les flics sifflent la fin de la récré : game is over ! Les adolescentes se retrouvent dans une cellule de prison floridienne. Alien (alias James Franco aux dents argentées), un gangster- rappeur- flambeur local va payer leur rançon et devenir le parrain glauque des quatre minettes paumées.

Très loin de l’univers Disney qu’incarnent deux des actrices principales de ce film, Selena Gomez et Vanessa Hudgens,  l’aventure gangsta peut commencer. Harmony Korine vient plonger le rêve américain six pieds sous terre. Le fric, la société de consommation à outrance, une jeunesse au nihilisme touchant, tout cela est montré avec brio dans une mise en scène soignée, lyrique par instant. Comme dans cette scène ahurissante durant laquelle Alien se met au piano pour jouer un air de Britney Spears pendant que les apprenties gangsters braquent des dealers locaux. Moment de cinéma grandiose ! C’est beau , un poil ironique, et terriblement sexy. Et que dire de la scène finale où les ados font irrémédiablement penser à une gangsta Britney en bikini à qui on aurait filer un flingue en cadeau de noël et qui shooterait un peu au hasard d’une quête initiatique.

Harmony Korine porte le regard sur une beauté toujours sur le fil, à mi-chemin entre le bon et le mauvais goût, sans jamais basculer. Les images colorées de fluo amènent  le regard du spectateur vers un univers onirique, où le glauque fait partie du beau et où la vie n’est que shoots d’instantané. La vitalité de la jeunesse irradie le film, peu importe d’ailleurs où cela mène et rien n’a de sens à part peut être la beauté du geste, du coup de soleil au coup de pétard (mouillé).

Poème d’une jeunesse américaine qui cherche ce qu’elle est sans bien savoir où trouver, Spring Breakers est le Kids floridien de années 2010. La saison en enfer d’une jeunesse perdue qui cherche dans sa pulsion de vie la raison d’être au monde.

Photos (c) : Photos officielles

 

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