Cinema

Sous toi la ville : le blues du businessman

Sous toi la ville : le blues du businessman

26 novembre 2010 | PAR Gilles Herail

Drame allemand aux faux airs de thriller, Sous toi la ville ne trouve jamais le bon équilibre entre description clinique du monde des affaires et portrait d’un grand dirigeant qui se lance dans une relation passionnelle avec la femme d’un employé. La composition réussie d’une atmosphère froide et désincarnée ne parvient pas à effacer les manques d’un scénario qui fait du surplace. La critique.

Le film de Christoph Hochhausler a été présenté à Cannes dans la section Un certain regard où il a eu reçu un accueil plutôt favorable dont on peut comprendre certaines raisons. Sorte de Wall street à l’allemande (le cynisme et l’ironie d’Oliver Stone en moins), Sous toi la ville installe une lenteur et une froideur qui séduisent lors du premier quart du film.

Le réalisateur utilise des plans très rapprochés, au plus près des objets, des meubles, de la peau, en contraste avec des plans plus larges sur les salles de réunion et les grandes baies vitrées des sièges sociaux déshumanisés et irréalistes. On retrouve volonté de Bertrand Blier dans Buffet Froid de filmer le vide et d’utiliser les tours de bureaux comme décor irréaliste. La description des rapports de pouvoir, de l’inconséquence des décisions prises au plus haut de la compétition entre les jeune-loups (on pense à the social network) est amenée avec une certaine finesse mais semble abandonnée dans la suite du film.

Le reste du long métrage se focalise en effet sur le personnage du dirigeant, incarné par Robert Hunger-Buhlerest. Confronté à une obsession inattendue, une femme, avec qui il entretient des ébats passionnels, il va progressivement lâcher prise. On aurait aimé plus d’érotisme dans leurs rencontres qui paraissent bien fades et dont les scènes s’accumulent sans apporter beaucoup au scénario. Le film se termine ainsi sur une conclusion qui se voudrait ouverte mais qui n’implique pas le spectateur qui a perdu le fil depuis longtemps.

Le réalisateur démontre donc un sens certain de l’image et capte de façon subtile un univers mécanique qui n’est plus inscrit dans l’humain. Dommage que le scénario patine passé le premier tiers du film se prenant un peu trop au sérieux pour ne finalement raconter qu’une banale histoire de droit de cuissage entre un patron et la femme d’un employé. Un film qui manque singulièrement de fond malgré sa belle enveloppe.

Gilles Hérail

Sous toi la ville, un drame allemand de Christoph Hochhausler avec Robert Hunger-Buhlerest. Sortie en France le 15 décembre. 1h50

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