Cinema

Sortie Dvd : White Material, de Claire Denis

27 septembre 2010 | PAR Yaël Hirsch

Pour tourner sa fable terrible sur la guerre civile en Afrique, comme pour « Chocolat », vingt ans plus tôt,  la réalisatrice Claire Denis est retournée où elle a grandi : au Cameroun. Avec un scenario co-écrit par Marie NDiaye  (prix Goncourt 2009 pour « Trois femmes puissantes ») et inspiré par Doris Lessing, et Isabelle Huppert dans le rôle principal d’une propriétaire qui refuse de partir avant que la récolte de café soir terminée, « White Material » est à la fois d’une beauté et d’une violence inouïes. A se procurer en Dvd dès le 29 septembre.

Alors que la guerre civile fait rage, dans un pays volontairement indéfini, Maria Vial (Isabelle Huppert) refuse de suivre les conseils des militaires français qui s’en vont, et des locaux qui font de même et veut absolument rester sur sa plantation de café. Ce faisant, elle met sa famille en danger, notamment son fils (Nicolas Duvauchelle), qui décide de rejoindre « les rebelles » après avoir été attaqué par des enfants soldats passés sous la grille de la propriété. Perdue entre les blessés (parmi lesquels Isaach de Bankolé), bientôt les cadavres, un beau-père absent et un ex-mari qui a abandonné depuis longtemps (Christophe Lambert, parfaitement à contre-usage), elle refuse d’ouvrir les yeux et s’escrime à réunir la main d’œuvre nécessaire à la récolte. Tout un monde s’écroule, et pourtant, pareille à la mère de Marguerite Duras dans « Un barrage contre le pacifique », Maria demeure, insensible au principe de réalité.

Sans nous donner l’occasion de vraiment sympathiser avec l’héroïne, Claire Denis filme de l’extérieur un apocalypse affreusement beau. Suggérée plus qu’entièrement montrée (la scène bonus du DVd permet de voir que la réalisatrice a fait le choix de ne pas montrer le résultat du massacre à la plantation), la violence -surtout venue d’enfants galvanisés – est terrible. Cette violence monte doucement et en flash back à partir du moment où Maria trouve un moyen de tenter de retourner, malgré tout, chez elle après avoir vu la ville en sang. Les scènes d’humiliation,  de corruption, de haine anti-blancs (les briquets sont un « White material » que les enfants-soldats prennent comme un  trophée de guerre, mais pour mieux les dénigrer), de partage de médicaments en butin, amènent vers les scènes de massacres, hors champ, mais inexorables.

Après une telle ascension au cœur des ténèbres, le petit documentaire filmé très simplement par Claire Denis sur la projection de son film à Yaoundé dans le cadre du festival « Ecrans noirs » est une bouffée d’oxygène. La voix off de fumeuse de la réalisatrice partage son anxiété toute simple : parvenir à projeter son film. Et évoque des souvenirs d’enfance.


WHITE MATERIAL – BANDE-ANNONCE
envoyé par baryla. – Regardez des web séries et des films.

« White Material » de Claire Denis, scénario : Claire Denis, et Marie NDiaye, avec Isabelle Huppert, Christophe Lambert, Nicolas Duvauchelle, Michel Subor, et Isaach de Bankolé, France 2009, 1h42,19.99 euros. Sortie le 29 septembre 2010.

Bonus : Yaoundé 2010 documentaire de Claire Denis (12 min) + scène coupée (2 min) + Bande-Annonce.

Pour lire une autre critique du film de Claire Denis sur la boîte à sorties, cliquez ici.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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